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Publié par toutnestquelitresetratures

La Rioja, ça vous dit quelque chose ?

Voilà trente ans, l’Espagne était un géant viticole quelque peu endormi. Le pays s’est réveillé à partir des années 90, après son adhésion à la Communauté européenne en 1986 et, surtout, depuis une dizaine d’années, dans la Rioja qui a entrepris une vaste rénovation de son vignoble. Les aides de l’Union européenne ont permis la modernisation des méthodes de culture et de nouvelles plantations qui, hélas, ont souvent remplacé les anciennes, faisant disparaître une partie du patrimoine ancien. Près des 2/3 du vignoble de 63.593 hectares produisant 2.900.000 hectolitres (90 % de vins rouges) a été rénové.

La logique productiviste des grandes bodegas industrielles a fait son chemin et la marque Rioja est devenue collective et mondiale. Alors que le «Consejo Regulador», l’entité bureaucratique – l’équivalent de notre Institut national des appellations d’origine – qui gère les «Denominacion de Origen», continue de privilégier une politique commerciale privilégiant la simple appellation « Rioja », avec ses variantes hiérarchiques (Crianza, Reserva et Gran Reserva), la pensée unique est battue en brèche par des vignerons plus ouverts aux vins différents. Sur les trois régions de production, Rioja Alta et Alavesa, sur la moitié ouest de l’appellation, au climat dominé par une fraîcheur atlantique, et sur Rioja Baja, au climat méditerranéen aux amplitudes thermiques marquées, les petits vignerons pullulent cependant.

Les fils ont souvent pris la place de leurs parents en pensant la vigne différemment. Les nouveaux investisseurs ont opté pour l’œnologie moderne s’inspirant souvent de ce qui se pratique en France. Pour eux, les terroirs existent hors l’uniformité qui convient aux producteurs de masse, les grandes bodegas dont on retrouve les vins partout dans le monde. Lorgnez vers Marqués de Riscal et Marqués de Caceres, s’il ne fallait en citer que deux.

Alors que le potentiel et le savoir-faire sont là pour produire d’autres vins, issus de terroirs sélectionnés, un peu à la manière bourguignonne avec ses climats et ses parcelles dans les fincas. Une association a d’ailleurs été créée par quelques vigneronnes et vignerons de la nouvelle génération. Elle a pris pour nom «Rioja’n’roll». Ceux-là ont pour nom Olivier Rivière, un jeune français qui est installé à Carduenas, Tom Puyambert avec la Bodega Exopto à Laguardia, Arturo y Kike avec Artuke à Banos de Ebro, Sandra Bravo avec Sierra de Toloño à Villabuena de Alava, Barbara Palacio avec Barbarot à Briones et le Sud-Africain Bryan MacRobert à Logroño. Ils constituent sans doute une avant-garde. Mais d’autres les ont précédés en se démarquant des grands noms de la région. Ils n’ont pas forcément la même démarche, mais ils ne vivent plus sur le même credo que leurs aînés. Ainsi, le « pueblo » de San Vicente de la Sonsierra est-il l’épicentre de ce renouveau. Benjamin Romeo – qui a fait ses études œnologiques à Bordeaux – a repris la petite propriété de son père Andrés, l’a agrandie (50 hectares aujourd’hui), l’a modernisée* - le chai est spectaculaire – l’a hissée au plus haut niveau international : il est le seul vigneron espagnol à avoir obtenu pour deux millésimes de suite la note maximum de 100/100 chez Robert Parker ! La Bodega Luis Cañas* se distingue aussi avec des vins de qualité qui s’exportent largement. La Bodega Baigorri* est dans le même registre. Et des noms plus modestes, en volume, sont aussi de la partie, comme la Bodega Monge-Garbati*. D’autres, ailleurs, sortent du lot, telles la Bodega Artadi fondée en 1985 avec son grand vin Vina El Pison, la famille Eguren, notamment avec, parmi d’autres, la Bodega El Senioro del San Vicente.

Dans ce même mouvement, les vignerons pensent aussi à sauvegarder le patrimoine des cépages anciens. Pour les vins blancs, depuis leur autorisation en 2008 pour les vins d’appellation, le tempranillo blanco a un regain de succès, le maturana blanco et le turruntés aussi. Pour les vins rouges, le maturana tinta de même.

La Rioja va ainsi, entre tradition et modernité, fière de son passé sans oublier de regarder vers l’avenir. De mon voyage à San Vicente de la Sonsierra, vous aurez bientôt d’autres nouvelles, tant viniques que gastronomiques*. En attendant, bien sûr, bon appétit et large soif !

*Article à venir.

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Commenter cet article

Binst 03/08/2016 16:53

Merci Roger pour ces informations intéressantes et utiles sur la Rioja. J'ai souvenir aussi de Telmo Rodiguez, l'un des artisans de ce renouveau...Toutefois je ne peux qu'être diablement surpris, voire contrit, que tu cite Parker comme une référence...aurais-tu abdiqué et choisi de célébrer comme lui l'hyper extraction au jus de cercueil?

toutnestquelitresetratures 03/08/2016 18:10

Oui mais ici Parker donne cette note de 100/100 a un vin très différent, équilibré et qui, pour être élevé en bois, n'est pas du jus de cercueil ou de l'infusion de chêne. Par ailleurs, Romeo produit des vins plus modestes de haute qualité, Predicador, les cuvées en hommage à ses parents, etc. Tu devrais goûter les vins de Olivier Rivière, notamment Rayos Uva.