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Publié par toutnestquelitresetratures

Photo Maurice Rougemont
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Le critique gastronomique français Marc de Champérard, fondateur du guide éponyme et défenseur d'une haute cuisine accessible à tous, est décédé à l'âge de 70 ans mardi dernier à son domicile de Saint-Cloud.
 
Marc de Champérard, de son vrai nom René Pérard, avait fondé en 1982 le "Guide Champérard", dans un premier temps d'abord à Lyon avec le soutien de Paul Bocuse, puis ensuite un guide annuel sur la France dont il confiera la rédaction en chef à Gilles Pudlowski et auquel votre serviteur collabora jusqu'à 1987 tout comme Jean-Luc Petitrenaud. La dernière édition est parue en septembre de l'an dernier alors que le directeur en était son ami Alain Bauer, criminologue, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, associé à 50 %.
 
Le critique, toujours un brin provocateur, avait créé la surprise en 2012, en chassant de son guide de vénérables institutions françaises comme les restaurants de Paul Bocuse - avec lequel il s'était assez rapidement fâché dans les années 90 -, Georges Blanc qui lui reprochait de ne pas payer ses additions, Michel Troisgros ou Michel Guérard.
 
Parce qu'elles ne "correspondent plus à leur réputation", que le "rapport qualité-prix-plaisir n'est pas au rendez-vous" ou "tout simplement nous n'avons pas aimé", avait-il alors répliqué.
 
Auparavant, il a déjà fait preuve de grande indépendance éditoriale en portant aux nues, bien avant d'autres, Alain Dutournier au Carré des Feuillants à Paris, Jacques Thorel de l'Auberge Bretonne à La Roche-Bernard, Michel Trama de l'Aubergade à Puymirol ou Jacques Chibois à l'Hôtel Royal Gray à Cannes. A l'inverse, il n'avait pas hésité à tancer Roger Vergé au Moulin de Mougins à Mougins pour faire passer sa réussite commerciale avant le reste, la cuisine. A son actif aussi, de fortes critiques à l'endroit de Jean-Paul Lacombe de Léon de Lyon à Lyon, à Michel Oliver du Bistrot de Paris à Paris, de François Clerc à Maisons-Laffitte et à Michel Rochedy du Chabichou à Saint-Tropez.
 
Et en 2015, c'était au tour du Meurice, du Shangri-La, du Bristol, du George V de quitter le guide Champérard alors qu'ils étaient largement reconnus par ailleurs. "Cela ne veut pas dire que je considère qu'on y mange mal", avait expliqué le bon vivant. "Mais quel Français a les moyens aujourd'hui d'aller dépenser 400 ou 500 euros dans ces maisons ?".
 
"Il était l’homme que tout le monde aimait détester, écrit Gilles Pudlowski sur son blog, le grand méchant loup, celui qui crachait volontiers dans la soupe, qu’il dégustait pourtant avec une malice  constante sans jamais se lasser."
 
Il s'est éteint dans le silence au début de la semaine passée. "Drôle, cultivé,intelligent, ajoute-t-il, mais aussi manipulateur hors pair, provocateur, homme de réseau et d’entregent, il décède quelques semaines après la disparition de celui que l’avait fait connaître à Lyon, jadis. C’est Paul Bocuse, en effet, qui l’avait présenté au tout Paris des médias gourmands, pensant lancer un pavé dans la mare du Gault-Millau, avec qui ses rapports alors n’étaient pas au beau fixe."
 
Mais Marc de Champérard, originaire de Juliénas, élevé à la Croix Rousse, qui tenait une affaire de photocopieuses dans la ville des Gones, allait grandir tout seul, on le sait, bien qu'après chaque parution de l'édition annuelle de son guide, les augures annonçaient sa disparition pour cause de mévente. Il aura tenu la une pendant plus de trente-cinq années.
 
Un temps aidé par Peugeot, qui commanda ses guides par milliers pour ses nouvelles voitures, Total qui les vendait dans les boutiques de station-service de la marque, il fut relayé par son ami Bauer qui allait récidiver avec la Caisse des Dépôts, et avec qui il devait diriger une collection de livres aux PUF (les Presses Universitaires de France). S’il a disparu de la scène médiatique peu à peu non sans quelques polémiques, "sa mort véritable, écrit Gilles Pudlowski, aura été accueillie la semaine passée par un silence étrange et révélateur".
 
Marc de Champérard avait également publié d'autres guides, en particulier sur le vin, la charcuterie et les brasseries. L'homme à la crinière blanche avait été à l'initiative de plusieurs actions visant à démocratiser la gastronomie : des leçons gratuites de haute cuisine dans le métro, l'opération "La grande cuisine pour tous", destinée à montrer que la gastronomie peut être simple et peu coûteuse ainsi que l'Université populaire du goût de Caen, créée en 2006.
 
Décès de Marc de Champérard, créateur du guide gastronomique éponyme
Décès de Marc de Champérard, créateur du guide gastronomique éponyme
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