Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par toutnestquelitresetratures

L'Affiche rouge : ils étaient vingt-trois, mis en poème par Aragon
L'Affiche rouge : ils étaient vingt-trois, mis en poème par Aragon

Aujourd'hui, je vous propose une digression qui sort quelque peu de l'objet de ce blog. Mais, comme pour un certain confrère qui consacre ses pages à l'extension du domaine du vin, et qui disserte ici ou là sur bien d'autres choses, je m'autorise ce pas de côté...
 
Il s'agit de la mort d’Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian. Elle donne l’occasion de se souvenir de l’Affiche Rouge et du magnifique poème éponyme de Louis Aragon. 
 
Le voici donc : grâce à un rappel de mon ami Jean-Pol Baras, Belge mais grand Parisien des années durant, en poste diplomatique de la région Wallonie-Bruxelles à Paris boulevard Saint-Germain, et qui aimait à fréquenter les bistrots de la capitale.
 
Il ajoute que c'est aussi l'occasion "de se souvenir que la France n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle vaut pour tous les hommes".
 
Et, bien sûr, en attendant une chronique gourmande en fin de journée, bon appétit et large soif !
 
"Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
 
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
 
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
 
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
 
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
 
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
 
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant"
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article