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Publié par toutnestquelitresetratures

Tomi Ungerer nous a quittés, bon appétit et large soif !

 

 

"Mir geht's gut", "Moi, je vais bien", mais Tomi Ungerer, le chantre émouvant de l'Alsace gourmande et ludique, voire même érotique, vient de nous quitter.

Le dessinateur français est mort à l'âge de 87 ans dans la nuit de vendredi 8 à samedi 9 février à Cork en Irlande où il vivait depuis quarante ans, au domicile de sa fille. 

Jean-Thomas Ungerer, devenu ensuite Tomi, était né le 28 novembre 1931 à Strasbourg, et avait été traumatisé par la mort de son père alors qu'il n'avait que trois ans et, ensuite, à 8 ans, par l'occupation allemande.

Il a raconté l’endoctrinement nazi et l’interdiction de parler français, dans A la guerre comme à la guerre (L’Ecole des loisirs, 2002). La mort et la peur étaient des thèmes récurrents de ses œuvres, souvent tournées en dérision.

Tomi Ungerer était un grand voyageur, et était plus passionné par le dessin que par les études (il n'avait pas le bac, si ce n'est les deux, celui d'eau chaude et d'eau froide !). En 1956, quand il débarque à New-York, il se fait connaître par ses illustrations dans les journaux et magazines, ainsi que des affiches politiques contre le racisme (dont la célèbre Black Power, White Power) ou la guerre du Vietnam.  

Sa carrière a été agrémentée de nombreuses expérimentations techniques, entre collage, peinture, dessin, sculpture, écriture, en passante par la littérature de jeunesse et les ouvrages érotiques (Fornicon en 1969) dont on trouve nombres d'exemples dans les winstubs et restaurants d'Alsace. 

Nous l'avions connu jadis à L'Arsenal à Strasbourg chez Jean-Louis Schneider, élève des Haeberlin, qui préparait là dans le quartier de la Krutenau, toute une kyrielle de plats sortis des grimoires ancestraux et remis au goût du jour.

Comme le tout-Parlement, le tout-presse, le tout-barreau, le tout-livre, Tomi Ungerer se régalait de saumagen (estomac de porc farci), de salade de choucroute crue au cervelas rôti, des crêpes qui portaient son nom au bœuf du pot-au-feu, de kougelhopf de faisan qui était le plat de cinq heures du matin irrigué d'un verre de sylvaner de André Ostertag , juste avant un sorbet au coing, des mets que l'on arrosait de jolis crus de Léon Beyer, de Kuentz-Bas voire même d'un improbable klevner d'Heiligenstein. 

Tomi Ungerer a été consacré à travers le monde mais, jamais, il n'a renié ses origines alsaciennes et son attachement indéfectible à l'esprit de ce pays unique, celui du "Hans im schnökeloch" de l'Alsacien qui sait ce qu'il veut, mais ce qu'il veut il ne l'a pas, et ce qu'il n'a pas, il ne le veut pas !

Hommage éternel et, bien sûr, bon appétit et large soif !

Tomi Ungerer nous a quittés, bon appétit et large soif !

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