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Publié par toutnestquelitresetratures

Argenteuil : ses vignes, ses asperges et ses figuiers, ça vous dit quelque chose ?

 

Ce matin, sur le blog de Jacques Berthomeau, je lis un papier fort argumenté sur Argenteuil et le picolo qui y était produit au XIXe siècle.

Pour contribuer à l’éducation des lecteurs d’icelui ainsi que des miens, je me plonge sur les coteaux de Seine parisienne et la paroisse d’Argenteuil.

« Mémorable par la bonté de son vin », dit, vers 1750, l’abbé Lebeuf dans sa savante Histoire de la ville et du diocèse de Paris. On y cultivait en même temps les figuiers. 

On sait que depuis des lustres, les grands possesseurs de vignes comme l’abbaye de Saint-Denis dans la région parisienne, à l’époque carolingienne, tenaient des celliers largement pourvus, inépuisables pour certains.

De sorte que l’opinion, trop répandue, que la région parisienne est physiquement incapable de produire des vins de qualité, trouve un démenti. Au XIIIe siècle, dans la Bataille des Vins, le vin d’Argenteuil jouit d’une renommée qui l’autorise à revendiquer pour lui-même l’honneur d’être «digne par sa bonté, par sa poissance, d’abrever bien le roi de France ». Ce vin d’Argenteuil lui apparaît comme l’un des favoris du « bon roi Philippe ». De même, les contemporains de Philippe Auguste respectaient le triomphant vin d’Argenteuil plus encore qu’Epernay, avant que des rivaux plus méridionaux, et plus forts, tels ceux d’Auxerre et Beaune, viennent les concurrencer. Mais on sait aussi que « Henri IV buvoit du vin d’Argenteuil. »

 D’ailleurs, cette situation ne dura pas. Des restrictions furent en effet imposées par la bourgeoisie au commerce des vins du vignoble parisien dans l’approvisionnement des cabarets de Paris. Les vins communs étaient dans leur collimateur. Le taux du droit pour faire entrer le vin dans Paris ne cessa d’être en marche ascendante. Par exemple, au début du XVIIIe, il atteignit 15 livres par muid pour le vin amené par charroi et 18 livres pour le vin amené par voie d’eau. Ces conditions ne cessèrent de s’aggraver par la suite.

En 1719, le droit est porté à 20 et 23 livres le muid, puis ensuite à 52 livres en 1765 pour les vins entrant par voie d’eau, tandis que pour ceux qui arrivaient par charrois il approchait de 50 livres en 1789.

Cette situation faite aux vins parisiens est dénoncée par le député Etienne Chevalier, que les suffrages des vignerons d’Argenteuil avaient porté à l’Assemblée Nationale, dénonçait l’iniquité du système : «Une pièce de très médiocre vins français (ainsi appelait-on encore le vin récolté aux environs de Paris) qui ne vaut souvent que 20,30 ou 40 livres, paie 50 livres de droits aux entrées de Paris, autant que le meilleur vin de Bourgogne, de Champagne ou de Bordeaux ».

« Il est aisé d’apercevoir, disait-il encore, que la classe opulente a été favorisé dans la spéculation de cet impôt, et qu’au contraire on a sacrifié les intérêts du peuple… on a joué sur sa subsistance en mettant un tarif odieux à ses seules jouissances et à son bonheur... L’immortelle déclaration des droits de l’homme ne peut se concilier avec le régime immoral des barrières. »

Un système qui soulevait la colère du peuple de Paris depuis deux siècles. La résistance se manifesta jusque dans le sein de l’Assemblée avec son animateur principal, le vigneron-député d’Argenteuil Etienne Chevalier qui associa, dans ses discours et libelles, les griefs de ses confrères à ceux des ouvriers parisiens et des propriétaires de guinguettes.

Le ressentiment à l’endroit des barrières sera plus vif encore après que l’Assemblée eût décidé, par son vote du 6 jui

« C’’est ce qui prouve que cette nouvelle disposition des barrières est impolitique et immorale. Impolitique en ce qu’elle anéantit une branche de culture la plus productive, et immorale en ce qu’elle tend à distraire de ses travaux le pauvre ouvrier, en lui offrant l’occasion de se débaucher au loin des yeux d’une femme économe, d’un maître surveillant, ou enfin de ses pratiques, dont la sollicitation est souvent pour lui un motif d’assiduité à sa boutique et à sa besogne ».

Le 15 février 1791, il portera un droit de grâce décisif au régime des barrières, parce que se sentant pous.sé par un courant d’opinion de jour en jour plus puissant, il mettra, à l’Assemblée, en cause l’existence même des barrières. Le 19 février, celle-ci vota un décret abolissant les droits perçus aux entrées des villes. Le 1er mai, à dater duquel entra en vigueur le décret du 19 février, fut à Paris un jour de liesse, une grande journée populaire du vin.

Voilà quelques informations complémentaires à l’article de Jacques Berthomeau que je vous invite à consulter notamment pour en savoir un peu plus sur l’asperge et les figuiers.

Pour ma part, si Jacques Berthomeau a largement puisé dans la mine de « La Vigne et ses plantes compagnes », j’ai fait la chose avec un ouvrage de référence que je consulte avec une assiduité toujours en mouvement, celui de Roger Dion.

 

Bon appétit et large !

 

  • Le blog de Jacques Berthomeau : www.berthomeau
  • Histoire de la Vigne et du Vin en France des origines au XIXe siècle, par Roger Dion (1959).
  • La Vigne et ses plantes compagnes, par Léa et Yves Darricau (Editions du Rouergue, 2019)
Argenteuil : ses vignes, ses asperges et ses figuiers, ça vous dit quelque chose ?
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