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Publié par toutnestquelitresetratures

Picasso à table, ça vous dit quelque chose ?
Picasso à table, ça vous dit quelque chose ?

 

 

Pablo Picasso l’Espagnol a dévoré la vie et le plaisir des plats partagés. Il a séjourné à la fin des années 1890 près d’Horta Sant Joan (Catalogne) à Can Tafetans, un village fortifié en forme de nid d’aigle au sommet d’une colline.

C’est là qu’il se forme à la culture paysanne. Il travaille aux champs, il apprend à soigner les bêtes, il participe à la cueillette des olives et à la fabrication de l’huile d’olive, cette huile dans laquelle on trempe le quignon de pain frotté à l’ail.

Au quotidien, il se nourrit de "poêles pleines d’œufs avec des patates", de légumes secs, de saucisses, boudins, boutifares et sobresadas et de riz accommodé au blanc, au gras, au maigre, au lait ou en soupe.

A Horta, Pablo s’initie aussi à la cuisson du riz, le mouillant louche après louche d’un bouillon qui lui conserve sa fermeté tout en le gorgeant de saveurs. Le safran épice les plats et sa couleur et ses stigmates donnent du relief aux paysages que peint Picasso qui, à l’époque ne signe pas encore de ce nom (celui de sa mère).

En 1906, il s’installe dans l’auberge d’un petit village pyrénéen, "La Cal Tampanada", à Gosol, dans la province de Lérida (Catalogne). Son alimentation est rustique, montagnarde, avec le saucisson d’échine de cochon, le lapin à l’aïoli, les perdreaux, les grives et les lièvres qui améliorent les traditionnels pot-au-feu, cocido, à base de haricots et de saucisses et de grosses de boulettes de viandes cuites au bouillon.

A l’Auberge, l’une des seules maisons à posséder un four, les femmes du village apportent la pâte, enveloppée dans un linge, et repartent, la cuisson terminée, avec les larges miches en équilibre sur leur tête. Picasso, en peignant ces masses odorantes qui semblent défier les lois de la pesanteur, il pétrit dans une même matière la figure humaine et son aliment essentiel, le pain, dont le volume dédoublé esquisse une courbure pareille à celle des lèvres de la femme.

Mais le four sert aussi les jours de fête lorsque le village se rassemble à l’Auberge de "La Cal Tampanadas". On y met alors le gigot de cabri farci, les palombes barrées de lard ou un carré de côtelettes d’isard. La viande macère depuis quatre ou cinq jours à l’escabèche (la marinade), mélange d’huile d’olive très fruitée, d’épices, d’herbes aromatiques et de vieux vin rancio.

Toutes les toiles peintes par Pablo Picasso durant ce séjour à Gosol conservent le reflet or, rose ou sauve, de ce bonheur rustique, fleurant bon le gigot et le pain chaud si délectables.

Côté assiette, tâtez comme Pablo, de pain frotté à l’al et à la tomate, de gazpacho, de soupe à l’ail, aux tomates et au jambon d’Estrémadure, de brochettes de moules de Cadaquès, de sardines à l’escabèche, de tripes à la catalane, de riz au safran, de cocido de Horta, de carré d’isard rôti, de lapin à l’ail, d’aïoli, de riz au bouillon, de morue à la biscayenne, de gambas sautés à l’ail, de légumes au four, de zarzuela, de cassolettes de calmars, de brandade de morue de Montserrat et de beignets au miel et aux grains d’anis.

 

Les nourritures évoquées dans les écrits de Picasso sont aussi matière à fantasmes. Pablo tisse toujours un rapport entre le culinaire, l’érotisme et la sexualité, ainsi que le souligne Claude Lévi-Strauss parce que le faire la cuisine est comparé à faire l’amour : « Les pierres de l’âtre sont les fesses, la marmite le vagin et la cuillère à pot, le pénis », indique le grand ethnologue dans « Le cru et le cuit » (1964). Dans sa pièce « Le désir attrapé par la queue » (1941), Picasso écrit à propos d’un de ses personnages : « Tes fesses sont un plat de cassoulet et tes bras une soupe d’ailerons de requin et ton nid un nid d’hirondelles… je m’affole je m’affole je m’affole !

 

En 1936, le peintre écrit : « La langue, organe à la fois du goût et du langage et pris dans la double fonction. La cuisine de la maison devient la cuisine de la peinture, sauces, poêle-palette, mélanges, transformations : le ciel, une meringue de fraises ! ».

 

Bon appétit et large soif !

 

NDLR – Cet article doit à Ermine Herscher, avec laquelle j’ai beaucoup collaboré voilà des années à l’hebdomadaire L’Evénément du Jeudi de Jean-François Kahn. Vous trouverez d’ailleurs les recettes des plats cités dans son livre A la table de Picasso (Albin Michel, 1996).

Picasso à table, ça vous dit quelque chose ?
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