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Publié par toutnestquelitresetratures

Caffè San Marco à Trieste, ça vous dit quelque chose ?
Caffè San Marco à Trieste, ça vous dit quelque chose ?

 
Dès potron-minet, ce jourd’hui, à l’occasion de quelque rangement, j’exhume un texte publié voilà une décennie. Cela tombe bien, c’était le moment du « caffè ».
 
Nous le devons à Gérard de Cortanze (lisez son « Une chambre à Turin », Editions du Rocher, 2001) : il nous raconte ses souvenirs autour de l’espresso et des cafés historiques de Trieste, ville irrédentiste qui aspirait à rejoindre l’Italie alors qu’elle était sous domination autrichienne.
 
Les cafés de Trieste ont été et sont d’ailleurs toujours des places intellectuelles et littéraires de la ville. Les écrivains et poètes qui y vivaient en ont été les plus fervents partisans, qu’ils se nomment Virgilio Giotti, James Joyce, Reiner-Maria Rilke, Umberto Saba ou Italo Svevo.
 
Le plus ancien café est le « Tommaseo », fondé en 1830. Ici, la référence, c’est le « Caffè San Marco » (photos), créé le 3 janvier 1914 qui est une institution de l’Italie d’hier sûrement, mais perdure gracieusement avec le temps.
 
Lisons : « Un après-midi de plus au Caffè San Marco de Trieste, c’est peu de chose comparé à l’éternité, mais c’est pourtant quelque chose, et ce n’est pas si peu », aime à répéter Claudio Magris. Voilà qui est essentiel : en Italie, la célèbre substance torréfiée, dont Brillat-Savarin affirme qu’elle porte une « grande excitation dans les puissances cérébrales », est indissociable du lieu public où on la consomme. Que de chemin parcouru depuis les botteghe del caffè où se mêlaient joueurs invétérés, prostituées et travestis, et l’espresso à 1.500 lires !
 
Dans mon esprit, le café est indissolublement lié à un souvenir familial. Mon grand-père me parlait souvent du Ligure, café turinois, « en face de l’embarcadère du chemin de fer, et très fréquenté dans la belle saison ». On y trouvait, ce qui enfant, le faisait rêver, des journaux italiens, mais aussi quelques gazettes françaises et anglaises. Dans la matinée, il y venait avec son père déguster sa boisson favorite : le bicchierino, mélange de chocolat, de lait et de café. Au déjeuner, il prenait un crema doppia, un café au lait avec double crème. Il ne me parla jamais des tasses de café noir, ancêtres de l’espresso.
 
Roberto Roero di Cortanze était un Turinois pur jus qui aimait moins boire le café que sentir qu’il était en train de passer. De la race des puritains du Nord, il refusait de se promener le dimanche de crainte d’offenser Dieu, et n’acceptait le café qu’additionné de lait. Un paradoxe de plus dans cette famille qui vit un de ses membre, Carlo Osvaldo Cesare Aventino, tenter d’introduire la culture du Camelia sasanqua en Italie et oser publier un livre dont le titre même, sur cette terre de caféinomanes, claque comme une provocation : Il The in Italia… »
 
Bon caffè, bon appétit et large soif !
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