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Publié par toutnestquelitresetratures

L'Académie Rabelais et Les Lumières du Zinc*, ça vous dit quelque chose ?

Les existentialistes écrivaient aux Deux-Magots, les académiciens rabelaisiens eux, se retrouvent de temps à autre sur le quai de la gare de Lyon pour un voyage vers le Beaujolais.

Mâcon-TGV (Très Grands Vins), 1 h 40 de trajet. Cela permet juste de casse-croûter avant d'ouvrir les dégustations, voilà quelques week-end à Fleurie à "L'Auberge du Cep", au Château Moulin à Vent à Romanèche-Thorins, à Juliénas chez Vincent Audras, à Odenas au pied du Mont Brouilly avec la  famille Thivin et à Chaintré dans le village natif de la résistante Lucie Aubrac à "L'Auberge de Chaintré", étoilée Michelin (articles à venir).
 
Et de penser à Lamartine et ses vers tirés du poème "La vigne et la maison", "Ecoute le cri des vendanges qui monte du pressoir voisin - Vois les sentiers rocheux des granges rougis par le sang du raisin".
 
Si Jean Troisgros - le célèbre restaurateur de Roanne qui nous a quittés trop tôt - disait que l'on ne peut parler du beaujolais qu'en étant ivre, c'est sans doute que ce vignoble est rond.
 
Avec les croupes qui portent les vignes, les chemins dessinés pour des conducteurs guillerets, les bouilles des vignerons et leurs bedaines de pères tranquilles, l'accueil bon, et rondelettes les fortunes amassées pendant des années de prospérité aujourd'hui calmées.
 
Mais le vin de cocher, de joueurs de boules, de fort des Halles qui se consommait à l'ombre de Saint-Eustache lorsque que Rungis n'était encore qu'un village, était apprécié pour son acidité qui faisait digérer et était livré sur les zincs en pots de 46 cl. Les vins étaient vifs, légers, et titrait 10 à 11° de volume d'alcool, propices à la dégustation à coups de grandes lampées : un vrai vin de saucisson.
 
- Les Lumières du Zinc -
 
L'Académie Rabelais et ses membres vous allez les rencontrer devant un zinc que l'on caresse de la paume de la main, histoire d'en éprouver l'âge. Et celui en fer à cheval, tout en longueur façon carrossé années trente, qui fait la joie des étrangers, des flâneurs et des piétons de Paris ou d'ailleurs.
 
C'est autour d'eux que se discutent des petites ou grandes histoires d'amour, les problèmes de société, les confidences chuchotées et tout simplement, la joie ou la fureur de vivre. La chaleur communicative, le bruit des verres qui s'entrechoquent, la saucisse sèche que l'on mange avec les doigts, l'exaltant fumet d'un hachis Parmentier ou des tripes à la lyonnaise, celui d'une saucisse de Morteau, d'une andouillette de Bobosse ou d'un roboratif pot-au-feu, les fillettes que l'on vide d'un trait, le coude-à-coude urbain ou plus canaille à toute heure du jour et de la nuit, les discussions interminables sur les vertus du gamay du Beaujolais ou de celui de Touraine, voire même de la syrah rhodanienne, et bien sûr, le patron seul maître à bord, voilà le bistrot tel qu'en lui-même.
 
A Lyon, où le café crème commence au jambonneau, il y a des traditions qui perdurent. Ce sont les trois commandements des lyonnais :
 
1 - Soyez humbles. L'adage qui veut que le client a toujours raison n'a pas cours. C'est le patron qui fait la loi. Il reçoit qui il veut, sert qui bon lui semble, jette dehors ceux dont les têtes ne lui reviennent pas. Si par hasard vous vous faites expulser devant des clients hilares, rassurez-vous vous n'êtes pas le premier à qui pareille mésaventure arrive.
2 - Ne demandez rien. Surtout pas la carte ou le menu. Mangez ce qu'on vous apporte. Ne posez pas de questions, contentez vous de répondre si on vous accorde la grâce de choisir.
3 - Pas de baratin. Il indispose sous toutes les formes. Le patron s'en moque. C'est un homme de caractère, il sait ce qu'il vaut. Les louanges, ça l'irrite inutilement. Et pour peu qu'on le connaisse mieux, il a souvent le coeur sur la main, le verbe haut, le geste large et talentueux.
 
Quant aux décors, les élucubrations des architectes et des décorateurs à la mode n'ont pas évincé la nostalgie du temps passé : les chaises Thonet, le comptoir en zinc ou en bois, les banquettes de moleskine, les tables de marbre, le sol carrelé sur lequel certains jettent encore de la sciure, les grandes nappes à carreaux et le rond de serviette, le peuple de Paris a appris à les aimer. Et avec lui des gens du monde entier. De sorte que les lumières du zinc possèdent toujours un charme qui sera joliment poli par le temps.
 
L'Académie Rabelais, elle, continue son oeuvre depuis le 10 octobre 1948, date de sa création au Château Thivin au pied du Mont Brouilly par Marcel-E. Grancher et quelques autres comme Henry Clos-Jouve, Curnonsky, Kléber Haedens, Pierre Scize, Raymond Souplex, Michel Herbert, Henri Monier, Paul Vincent, Henri Jeanson et Julien Pavil qui a signé les dessins du menu offert dans le caveau des vendangeurs.

On a concocté des statuts selon la devise de Rabelais, "Si l'appétit vient en mangeant, la soif s'en va en buvant", un règlement avec 20 membres au plus - aujourd'hui on dépasse la cinquantaine -, des réunions mensuelles, un prix littéraire couplé à la Coupe du Meilleur Pot et la présidence est aujourd'hui assurée par Nicolas Plescoff, antiquaire et marchand d'art à Paris.
 
Le menu de ce jour-là est toujours affiché dans la salle des vendangeurs du Château Thivin :

  - La gratinée de la Couronne
  - La hure de cochon en gelée, truffée et pistachée
  - L'andouillette rôtie de Chabert de Fleurie
  - La salade de saison
  - Les fromages
  - Les pâtisseries
  - Les glaces
  - Café
  - Marc de Brouilly
 
Brouilly nouveau, brouilly 1947, brouilly 1945, cuvée de Château Thivin arrosent les agapes.
 
C'est maintenant le moment de terminer sur le zinc avec un oeuf dur ou un oeuf mayonnaise, une baguette croustillante à l'exceptionnel jambon Prince de Paris, la terrine juste posée sur le comptoir, le plat du jour mitonné comme pour vous, et bien sûr un verre de beaujolais bien frais pour se régaler.
 
Bon appétit et large soif !
 
Académie Rabelais - La Mascotte - 52, rue des Abbesses, Paris 18e. 
 
Bibliographie : 
 
*"Les Lumières du Zinc" par Robert Giraud (Editions Le Dilettante)
"Lyon-Gourmand" par André et Christian Mure (Editions SME Résonnance)
"Bistrots de Lyon, histoires et légendes" par Bernard Frangin (Editions Le Progrès)
"Marcel-E. Grancher, écrivain humoriste lyonnais" par Henri Burnichon (juillet 2019).
L'Académie Rabelais et Les Lumières du Zinc*, ça vous dit quelque chose ?
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Leiblang 04/11/2019 19:35

Excellent papier. Bravo l'Artiste !