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Publié par Roger Feuilly

Des bricks et de la mechouia autour de 8200, ça vous dit quelque chose ?
 
"Tu préfères commencer par des bricks à l'oeuf ou par des bricks à la purée et à harissa ? demanda sa mère depuis la cuisine.
 
Elle l'avait déjà informé des nouvelles de la famille y compris du mariage de sa nièce qui avait épousé un ashkénaze - " mais un homme très bien ", comme elle avait coutume de le dire pour alléger le malheur des pauvres gens qui n'avaient pas eu la chance de naître juifs tunisiens.
 
La table était mise. Les salades d'artichaut, de marmuma et méchouia étaient très épicés, et il dut les tempérer avec du tirshi, où les carottes et les navets n'étaient assaisonnés qu'avec du gros sel et du citron.
 
A l'odeur, il pouvait dire que le plat principal serait du couscous boulettes, et il se demanda s'il serait en mesure de relever le défi d'un repas aussi copieux. Quand il était enfant, il n'avait jamais ce genre de problème
 
Sa mère le rejoignit à table, portant le plateau de bricks, la solution qu'elle adoptait quand elle ne savait pas ce qu'il voulait manger. Il commença par un brick classique. L'oeuf était presque poché, enfermé dans la fine coquille de pâte. Il l'attaqua avec prudence, à partir du centre, en ramassant le jaune avec la pâte frite.-
 
- Je n'arrive plus à trouver de feuilles de  brick à l'ancienne, dit sa mère. Elles sont trop épaisses, comme du filo. Ils disent que les Juifs d'ici ne savent plus ce qu'est un brick, qu'ils font des rouleaux de printemps avec ça, ou quelque chose de ce genre. J'ai trouvé celle-là chez notre épicier arabe en bas, il les importe de Tunisie.
 
- Je n'ai pas l'impression qu'elles sont plus fines, dit-il la bouche pleine. Et d'où vient la harissa ? Elle est plus épicée que d'habitude.
 
- Je l'ai faite moi-même. La harissa casher n'a plus de goût aujourd'hui, et les Arabes n'en ont plus qu'en conserve.
 
Il passa au second plateau, sur lequel les bricks, pliés en un triangle parfait, étaient fourrés de purée, de miettes de thon, de persil et d'autre chose qu'il n'arrivait pas à identifier.
 
- Maman, c'est quoi, ces petits trucs salés au milieu ? Ce ne sont pas des câpres.
- Non, ya amri, c'est de la bottarga. De la vraie, que le poissonnier rapporte d'Italie spécialement pour moi. Ils n'ont même pas de cette qualité même en Tunisie.
 
- Tout cela me rappelle que je t'ai apporté quelque chose, dit-il en sortant de son sac du raisin sans pépins, des dattes fraîches et un kilo de concombre
 
- Bel'Hout ââlik, le bénit-elle, on en trouve plus ici. Il n'y a rien de meilleur que les fruits et légumes d'Israël, ça me remplit de joie".
 
Un extrait gourmand d'un passionnant roman d'espionnage signé Dov Alfon, Unité 8200, publié en 2016 (Editions Liana Levi, en 2019 pour la traduction française).
 
Le passager israëlien fraîchement débarqué )à Roissy ne pensait pas que sa mauvaise plaisanterie allait si mal tourner. La blonde qui servait d'appât ne savait pas à qelle danse macabre elle participait. Les Chinois chargés d'orchester l'enlèvement n'avaient pas la moindre idée du guêpier dans lequel ils se fourraient. Ni qu'un grain de sable s'était glissé dans les rouages bien huilés de la grande machine du crime organisé. Mais au fait, qui est aux commandes ? Mafias, services secrets, gouvernements ? Paris et Tel--Aviv, Washington et Macao, les vingt-quatre heures les folles d'un commissaire français, un gang chinois, un officier israëlien désabusé (celui dont je relate le repas chez sa mère à Créteil) et son intrépide adjointe adjointe aient connues.
 
Bonne lecture, bon appétit et large soif !
 
- Dov Alfond est né en 1961 à Sousse en Tunisie. Il est ancien officier des services de renseignement israëliens. Aujourd'hui, il habite à Paris et est, depuis 2016, correspondant du quotidien israëlien Haaretz, fondé en 1919 et considéré comme l'un des meilleurs journaux au monde.
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