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Publié par Roger Feuilly

Lyon : dans les bouchons, c'est le patron et la patronne qui font la loi, ça vous dit quelque chose ?

 

A Lyon, il est une tradition, c'est celle du mâchon de l'aube et du déjeuner des bouchons, là où le patron est un homme, ou une femme, de gueule.

Et là, autres temps, autres moeurs, et là, méfiez-vous, les traditions peuvent perdurer et les commandements ci-après toujours êtres appliqués.


1 - Soyez humbles. L'adage qui veut que le client ait toujours raison n'a pas cours dans un bouchon lyonnais. Là, c'est le patron - ou la patronne - qui fait la loi. Il (elle) reçoit qui il veut, sert qui bon lui semble, jette dehors ceux dont les têtes ne lui reviennent pas. Si par hasard vous vous faites expulser devant des clients hilares, consolez-vous : vous n'êtes pas le premier à qui pareille mésaventure arrive.

2 - Ne demandez rien. Surtout pas la carte ou le menu ! Mangez ce que l'on vous apporte. Ne posez pas de questions. Contentez-vous de répondre si l'on vous accorde la grâce de choisir.

3 - Pas de baratin. Sous toutes ses formes, il indispose. Le patron - ou la patronne - s'en moque. Ce sont des gens de caractère. Ils savent qu'ils valent. Les louanges, ça les irrite inutilement.


André Mure, qui fut adjoint à la culture de Lyon de 1977 à 1989, est décédé en 2007 à 84 ans. Pendant des décennies, cet ancien journaliste a sillonné dans sa Mini-Austin vert bouteille, le Lyon politique, gastronomique et culturel.

Mondain, André Mure sortait beaucoup, dans les petits bouchons, auprès des acteurs de terrain plus que dans les grands messes culturelles. "Il ne faut pas s'engluer dans les gros machins, mais garder un peu d'oxygène, notamment pour les jeunes qui débutent. Autrement, c'est la sclérose : on ne fera que des musées alors qu'il faut penser à tout ce qui se fait de vivant" confiait-il à Lyon Capitale (1er novembre 1995).

Si, en tant qu'adjoint à la culture, il a lancé les "grands travaux" du musée Saint-Pierre, il a surtout fait sortir les œuvres des musées, par une politique active et innovante d'art dans l'espace public dont il reste de nombreuses traces. André Mure a beaucoup fait pour l'art contemporain à Lyon.

Il était également proche des écrivains, lui même ayant signé de cinglants polars lyonno-lyonnais (Rue du Parfait-Silence, La courtisane assassinée, Bistrot de l'avenue). Dans ces romans à clé, inspirés de personnages et d'événements locaux, il a peint avec précision et dureté, la société lyonnaise des années 50 à 80. "Il n'hésitait pas à castagner, avec un certain courage !" souligne Denis Trouxe, qui fut, après lui, adjoint à la culture de Lyon de 1995 à 2002.

"J'ai fait un peu de tout ; j'ai pris tous les trains qui passaient !" disait avec humour André Mure pour résumer son parcours éclectique. Directeur d'un magasin rock, critique gastronomique (Lyon Gourmand, plus de trente millésimes), potineur à la dent dure (il tenait jusqu'à la fin de sa vie la rubrique "Petits fours tout" du Progrès), André Mure fut aussi adjoint à la culture d'un maire de droite (Francisque Collomb) et chargé de mission "mécénat" d'un ministre de la Culture de gauche (Jack Lang). "C'était un homme d'une gentillesse extrême, qui n'avait peur de rien ; j'ai eu avec lui une vie très dense.

J'ai le souvenir durant ses périodes d'engagement politique, de son extrême complicité avec Jack Lang, un homme fabuleux, qu'il a vu toutes les semaines pendant de nombreuses années." confiait son épouse Claudette.

"André Mure, raconte Lyon Capitale, s'engageait, au gré des rencontres et des amitiés, des humeurs et des coups de cœur. Il était capable de soutenir la campagne du député RPR Marc Fraysse à Villeurbanne en 1995 comme de s'enthousiasmer pour "la modernité" de Ségolène Royal.

"André Mure a toujours été un peu incertain sur le plan politique. Au fond, c'était un homme du centre. II n'était pas un partisan, son seul parti-pris était que l'art ait droit de cité dans la ville" estimait jadis l'adjoint à la Culture de Lyon Patrice Béghain.

 

"Lyon gourmand", de André et Christian Mure, 13e édition, 1983, Editions Sme-Résonance.

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