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Publié par Roger Feuilly

La liberté selon René Char, ça vous dit quelque chose ?
Les événements d'aujourd'hui me ramènent sans cesse à René Char. Vous connaissez ma citation : 
« A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis. » - René Char, Fureur et mystère (Gallimard, 1959). Elle est d'une actualité brûlante.
 
Pendant la Résistance, René Char s'appelait Capitaine Alexandre. Il est décoré de la Médaille de la Résistance le 6 septembre 1945.
 
Cette période est relatée (1941 à 1948) et recueillis dans Recherche de la base et du sommet. Compléments indispensables à la lecture des Feuillets d'Hypnos, ces documents éclairent de l'intérieur cette expérience fondatrice que fut pour Char celle de la Résistance : refus de publier durant l'Occupation  [NDLR - Contrairement à de nombreux autres], dénonciation du nazisme et de la collaboration française, interrogations aiguës et douloureuses sur son action et ses missions, prise de distance sitôt la guerre terminée.

« Dissident dans l’âme et homme de principes, Char finit par devenir un rebelle chez les rebelles, puis un rebelle chez les subordonnés lors de sa seconde expérience de l’armée. Il est la figure de l’insurgé, qui lutte contre les dogmatismes, les formatages, ou la passivité face à l’atroce. L’occupation lui offre cruellement la possibilité de devenir concrètement ce qu’il a toujours été : un résistant. »
 
Albert Camus - qui sera son ami - décrit l'homme ainsi dans sa préface à Fureur et mystère :
"La nouveauté de Char est éclatante, en effet. Il est sans doute passé par le surréalisme, mais il s'y est prêté plutôt que donné, le temps d'apercevoir que son pas était mieux assuré quand il marchait seul. Dès la parution de Seuls demeurent, une poignée de poèmes suffirent en tout cas à faire lever sur notre poésie un vent libre et vierge. Après tant d'années où nos poètes, voués d'abord à la fabrication de « bibelots d'inanité », n'avaient lâché le luth que pour emboucher le clairon, la poésie devenait bûcher salubre. […] L'homme et l'artiste, qui marchent du même pas, se sont trempés hier dans la lutte contre le totalitarisme hitlérien, aujourd'hui dans la dénonciation des nihilismes contraires et complices qui déchirent notre monde. […] Poète de la révolte et de la liberté, il n'a jamais accepté la complaisance, ni confondu, selon son expression, la révolte avec l'humeur […] Sans l'avoir voulu, et seulement pour n'avoir rien refusé de son temps, Char fait plus alors que nous exprimer : il est aussi le poète de nos lendemains. Il rassemble, quoique solitaire, et à l'admiration qu'il suscite se mêle cette grande chaleur fraternelle où les hommes portent leurs meilleurs fruits. Soyons-en sûrs, c'est à des œuvres comme celle-ci que nous pourrons désormais demander recours et clairvoyance. » -
 
- René Char, Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, 1983).
 
Relisons René Char ! Bonne lecture, bon appétit et large soif !
La liberté et le repas avec René Char, ça vous dit queque chose ?
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