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Publié par Roger Feuilly

A la table des tyrans, ça vous dit quelque chose ?

Ils ont mangé comme ils ont gouverné : en laissant souvent leurs convives sur leur faim, mais la peur au ventre... Dans son ouvrage "À la table des tyrans", Christian Roudaut décrypte les hôtes qu'ont été les pires dictateurs de la planète.

Pour son dernier déjeuner, Hitler, adepte d'un végétarisme fantasque, a enroulé quelques spaghetti à la sauce tomate autour de sa fourchette.  
Le 29 décembre 2006, à la veille d'être pendu, le prisonnier Saddam Hussein a mangé des queues de homard sur une table en plastique rouge. Mao, lui, qui s'est laissé mourir de faim, malade, refusant d'être nourri par une sonde nasale. Et Staline, souffrant d'une hémorragie cérébrale, s'est éteint après avoir reçu quelques cuillerées de soupe et de thé léger.

Christian Roudaut nous invite ainsi à la table d'hôtes peu fréquentables, racontant leurs tocades alimentaires, mais aussi les rituels qui entouraient leurs repas, risibles ou mortels. Et rappelant qu'une assiette, même sale, est aussi un sacré miroir.

Nicolas Ceausescu, "Danube de la pensée", avait ordonné a son peuple de manger moins et de travailler plus. Tout le contraire de ce qui se passait en son fastueux palais. A la fin de son règne, dans cette république socialiste anémiée, lui et sa femme étaient servis seuls à table, sous escorte militaire. Et leur repas caché dans une roulante fermée, par une serrure à combinaison secrète, car ils craignaient d'être empoisonnés.

A table, Staline jetait des boulettes de pain de mie sur une convive pour lui signifier qu'elle lui plaisait. C'était son truc, lorsqu'il avait trop bu. Un jour, mis en colère par sa propre femme, il lui balancé des mégots qui traînaient sur la table. Elle s'est suicidée la nuit même.

Dans les années 70, Saddam Hussein visitait  des maisons par surprise pour vérifier que les frigos débordaient bien de victuailles. C'était un ordre. Et la preuve de l'abondance que connaissait l'Irak.

En 1943, Hitler apprend que sa cuisinière autrichienne est juive. Il la licencie à contre-coeur. Mais lui fournit, à elle et à sa famille, un "certificat de pureté raciale" pour services rendus.

A l'occasion du sacre délirant de Sa Majesté impériale à vie Bokassa 1er, surnommé "le soudard" par de Gaulle et "mon très cher parent et ami" par VGE, seuls 500 invités sur 2.500 ont pu déguster la totalité du repas. Il a fallu garnir des plats entiers de morceaux de caoutchouc rosâtre pour faire croire à des langoustines.

Ce livre raconte ainsi les manies alimentaires des tyrans. Miroir du totalitarisme, l’assiette des dictateurs reflète leur soif de pouvoir absolu, mais aussi leurs angoisses souvent enracinées dans l’enfance. Cet ouvrage très documenté nous plonge dans l’atmosphère menaçante, et parfois tragicomique, de la table des tyrans. Les plats et les décors changent, mais la peur figure toujours au menu…

Bonne lecture, bon appétit et large soif !

- A la table des tyrans, par Christian Roudaut, Flammarion, 254 pages, 19,90 €.

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