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Publié par Roger Feuilly

L'AAAAA, ça vous dit quelque chose ?
L'AAAAA, ça vous dit quelque chose ?


 

L' AAAAA (Association amicale des amateurs d'andouillette authentique) a été fondée de façon très informelle, vers 1960, par cinq amis, tous chroniqueurs gastronomes amateurs de bonne charcuterie. Se connaissant depuis les années 1950, ils se réunissaient une ou deux fois par an autour d'un bon repas devant beaucoup au cochon, dans un bistrot familier ou un restaurant plutôt régionaliste, le plus souvent à Paris. 

L'un ou l'autre apportait les andouillettes d'un bon charcutier, que le cuisinier, généralement grand amateur, était chargé de cuire avec attention. Ils n'imaginaient pas l'importance que prendrait le sigle AAAAA, devenu très populaire en quelques années: le diplôme tient aujourd'hui de l'enjeu commercial, notamment avec l'importance d'une production "industrielle" se voulant de grande qualité.

L’association se réunit régulièrement depuis la fin des années 1960, de façon plus strictement ordonnée depuis les dernières années du siècle passé. Elle s’est dotée de statuts officiels régulièrement mis à jour… et demeure une "amicale" obstinément voulue "sans but lucratif". 

Les dénominations AAAAA et 5 A sont des marques déposées (INPI), que l'association, à but strictement "non lucratif", n'exploite en aucun cas à des fins commerciales: le dépôt, dans son champ d'action, n'a eu pour but que d'interdire à des malfaisants de l'effectuer à leur propre compte, de revendiquer ces dénominations valorisantes, de tenter d'empêcher les lauréats officiels de s'en servir pour leur promotion, comme ils en ont le droit, ou de les rançonner!

Les pères fondateurs sont des noms connus et reconnus dans le paysage gastronomique. Francis Amunategui, l'initiateur (1898-1972), l'une des meilleures plumes de l'époque, Robert Courtine, chroniqueur du quotidien Le Monde, célèbre sous le pseudonyme de La Reynière (1910-1998), Christian Guy, journaliste au quotidien L'Aurore, auteur (1936-2013), le Lyonnais Henry Clos-Jouve (1908-1981) et Paul de Montaignac de Pessotte, comte de Bressolles (1909-.... ), ex-galeriste, chroniqueur et auteur parfois publiciste, dégustaient dans des bistrots les andouillettes fournies par de bons charcutiers copains ou découvertes au hasard d'un voyage, d'une carte de restaurant. 

L'organisation devint plus rigoureuse à partir des premières années 1970, sous l'égide de Robert J. Courtine et de Paul de Montaignac, puis de Jacques-Louis Delpal, élu au club initialement très fermé de l'AAAAA en remplacement d'Amunategui. À son tour président, il remit l'association en fonctionnement après le désordre du début des années 1990 et fut, avec Vincent Ferniot, vice-président et un moment président, l'artisan du rapprochement avec le CEPROC.

Les suites heureuses d'un banquet… Dans un de ses livres, publié en 1964, Amunategui évoqua un joyeux banquet offert à Bourg-en-Bresse, quelques années auparavant, à de bons mangeurs, sans doute majoritairement journalistes, au cours duquel des andouillettes furent accueillies "par un long murmure de satisfaction". À l'issue du copieux repas, il avait proposé à ses compagnons de table la création d'un groupe d'amis, fidèles zélateurs de l'andouillette, qui serait chargé de décerner un diplôme aux meilleurs élaborateurs… Les choses traînèrent… 

"Mais tout arrive! Le cher et regretté Henri Monier dessina le fameux et envié diplôme. L'AAAAA était née, dont la charge est immense".
La quintuple répétition du A n'a rien d'un bégaiement appliqué. 
La dénomination AAAAA, racontèrent Courtine et Montaignac à Delpal, lors de sa cooptation en 1971, fut imaginée en écho d'un éclat de rire de Clos-Jouve ponctuant les réunions d'un: 

"Ah! Ah! Ah! Ah! Ah"

Succédant à Francis Amunategui et Robert J. Courtine, l'actuel président de l'association, Jacques-Louis Delpal, participa en journaliste ami à plusieurs dégustations, au début des années 1970, et fut intégré au "jury" en 1976.

Il signa alors le diplôme décerné à Simon Duval: cet artisan de Drancy fut le premier lauréat à faire systématiquement valoir l'honneur qui lui était rendu (son nom de Duval reste attaché à une marque, lauréate, du groupe Popy, Père Duval.)

Les réunions de dégustation, longtemps celles de cinq jurés seulement, auxquels s'ajoutaient deux ou trois copains — "qui partage le pain", co-pain, étymologiquement — étaient joyeuses, surtout pas chronométrées, parfaitement détendues. Elles le demeurent, mais sont plus appliquées depuis une vingtaine d'années, le sigle quasi-acronyme AAAAA étant devenu un "label" non-officiel mais important, évocateur de qualité et de saveur. Honorifique… et très vendeur : cette consécration gratuite très convoitée a une réelle valeur publicitaire et commerciale, principalement pour les "industriels" et les artisans disposant de plusieurs points de vente. 

Le diplôme est décerné selon des critères essentiellement gustatifs, avec sérieux et dans le respect de statuts déposés, dans une ambiance généralement joviale (jovialité plus marquée quand les postulants au diplôme ayant assisté en témoins muets à la réunion de dégustation apprennent qu'ils l'ont obtenu). 

Décoré de petits cochons gourmands et francs buveurs, le diplôme est toujours semblable, sauf détails, à celui qu'imagina le dessinateur et humoriste Henri Monier (collaborateur du Canard enchaîné) dès la fin des années 1950. En accord avec Jacques-Louis Delpal, qui eut à reconstituer le document d'après des exemplaires en mauvais état, au moment de passer à la numérisation, le graphiste et informaticien Arnaud Mandard a légèrement relooké ce diplôme en 2018, en le modulant un peu selon les produits jugés et la catégorie professionnelle des lauréats.

Le siège de l'association avait été établi au restaurant l'Ambassade d'Auvergne (Paris 3e), où les jurés se réunirent longtemps autour de la grande table d'hôtes du rez-de-chaussée (au début, les halles proches fonctionnaient encore), puis à la Closerie des Lilas (Paris 6e). Depuis plusieurs années, il est hébergé par le CEPROC, l'important centre de formation des métiers de la charcuterie et de la gastronomie, à Paris.

Les statuts ont été précisés, actualisés et redéposés en 2007, par Vincent Ferniot, alors président de l'association, maintenant vice-président. Une actualisation mineure a été déclarée en 2009 par Jacques-Louis Delpal, de nouveau président.

L'association a été inscrite à l'INSEE en 2010, par Monique Pivot (trésorière) et Jacques-Louis Delpal. Elle a obtenu l'identifiant SIRET: 519 741 664 00014.

Les dépôts de marque, effectués pour interdire des revendications fallacieuses, voire frauduleuses, ont été effectués auprès de l'INPI. 
Votre serviteur a participé voilà quelque temps à une dégustation de l'AAAAA au restaurant La Bonne Franquette (Paris 18e). 

Bon appétit et large soif !


 

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