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Publié par Roger Feuilly

La biodiversité et l'agroécologie selon Slow Food, ça vous dit quelque chose ?

 

« La biodiversité devrait être célébrée chaque jour, pas uniquement le 22 mai, a déclaré Edie Mukiibi, vice-président de Slow Food. Pourquoi ? Parce que la biodiversité est ce qui permet aux systèmes agricoles de résister et de surmonter les chocs environnementaux, les pandémies et la crise climatique. Elle fournit l’essentiel des services écosystémiques, comme la pollinisation et la fertilité des sols. 

Elle rend possible la production d’aliments à impact plus faible sur les ressources non renouvelables et avec moins d’intrants externes, comme les pesticides. Elle est essentielle à notre survie. »
Depuis plus de 20 ans, Slow Food travaille sur la biodiversité qui soutient notre agriculture et notre production alimentaire : variétés et espèces végétales, races animales, insectes utiles, microorganismes, écosystèmes, savoirs et cultures. Elle a été l’une des premières organisations à attirer l’attention sur la biodiversité domestique (les variétés cultivées et espèces d’élevage) et la première au monde à considérer les techniques de transformation et les produits transformés (le pain et le fromage) comme partie intégrante de notre héritage biodiversitaire. 

« Aujourd’hui, plus que jamais, si nous voulons assurer une alimentation bonne, propre et juste pour tous, il est nécessaire de partir de la biodiversité et d’inverser la vapeur de ce modèle de production qui continue à générer des désastres environnementaux et sociaux et à détruire les fondations de la sécurité alimentaire pour les générations actuelles et pour celles à venir, » poursuit Edie Mukiibi.
À l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, Slow Food présente son document de position If biodiversity is alive, so is the planet (Une biodiversité vivante, c’est une planète vivante), qui souligne les principaux défis que rencontre notre planète et les solutions possibles, à commencer par les pratiques agroécologiques. L’agroécologie nous permet de préserver et de régénérer la fertilité du sol et de réduire de manière drastique l’usage des produits chimiques de synthèse en agriculture.

Cette sortie est d’autant plus pertinente aujourd’hui, en ce que nous fêtons aussi la Journée mondiale des abeilles : 40 % de la production agricole dépend de la pollinisation et une bonne partie de cette mission est menée par les insectes : abeilles, guêpes, papillons, papillons de nuit, coccinelles, fourmis, etc. L’Europe perd actuellement un tiers de ses populations d’abeilles et de papillons à cause des pesticides, des monocultures, de la bétonisation, du changement climatique et du transport d’espèces exotiques. « Comme nous le demandons dans l’initiative citoyenne européenne Sauvons les abeilles et les agriculteurs, les habitats doivent être restaurés et les zones agricoles doivent devenir vectrices de récupération de la biodiversité. Les exploitants doivent être soutenus dans cette transition nécessaire vers un usage moindre des pesticides et vers l’agroécologie, qui s’appuie sur la biodiversité locale, » ajoute Marta Messa, directrice de Slow Food Europe.

En matière d’alimentation, la biodiversité nous entoure littéralement, même si elle nous est invisible : les microorganismes des sols garantissent leur fertilité, tandis que les produits fermentés, comme le pain, le chocolat, le fromage, le vin et la bière, sont tous issus de la biodiversité microbienne. Le phénomène de fermentation est entrainé par des levures, des champignons et des bactéries trouvées dans le sol, les prairies et les environnements de production. Elle élève la valeur nutritive des aliments, les enrichit d’une flore microbienne probiotique et leur donne des caractéristiques sensorielles uniques. Pour protéger la biodiversité microbienne, Slow Food promeut des produits naturels : fromages sans enzymes industriels, pain au levain naturel, charcuterie sans additifs ni conservateurs et vins aux levures indigènes.

« Nous affrontons une pandémie causée par un virus qui a déraciné nos vies. Cela devrait nous contraindre à prendre le temps de réfléchir à l’importance des organismes microscopiques situés à la base de la biodiversité, » explique Serena Milano, secrétaire générale de la Fondation Slow Food pour la Biodiversité. La destruction des habitats naturels et la perte conséquente de biodiversité créent des conditions propices à la propagation de zoonoses et augmentent le risque d’épidémies suite à un débordement (la transmission d’un virus d’une espèce sauvage aux espèces domestiques et aux humains).
La biodiversité contribue également de nombreuses manières à une alimentation saine et diversifiée. Les variétés de plantes et races animales locales, ainsi que les espèces sauvages, ont souvent une valeur nutritionnelle supérieure à celle des espèces cultivées et commerciales correspondantes. Les aliments et alimentations bons pour la santé humaine sont aussi ceux qui ont le plus faible impact sur la planète et son environnement.

« Nous devrions soutenir les communautés locales qui ont sélectionné, préservé et reproduit des semences, améliorant le rendement, le goût et la valeur nutritionnelle d’un grand nombre de légumes, légumineuses et céréales, ajoute Serena Milano. Malheureusement, 75 % des variétés cultivées au début du XXe siècle ont maintenant disparu et trois espèces – maïs, riz, blé – fournissent 60 % de l’énergie humaine mondiale. Deux exemples simples : il existe environ 5.000 variétés de pommes de terre sur la planète, mais seules quatre variétés commerciales dominent le marché mondial ; il en est de même pour les bananes, dont une seule variété domine le marché planétaire, malgré l’existence de plus de 500 autres.

Les races animales ne font pas non plus exception à cette règle : 26 % des 8.803 races cataloguées dans le monde sont en voie d’extinction et le statut de 67 % d’entre elles est inconnu. L’industrie ne s’appuie que sur quelques races commerciales, sélectionnées pour leur rendement en lait et/ou en viande, élevées de manière intensive sans aucun accès à l’extérieur, traitées aux antibiotiques, nourries au fourrage industriel et transportées sur de longues distances. À cause de ce modèle, le secteur zootechnique est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour remédier à la perte de biodiversité animale, il est nécessaire de s’appuyer sur un modèle d’élevage basé sur la diversité, où l’adaptabilité des races locales, leurs liens avec les zones et prairies locales est correctement estimé.

« Nous traversons un moment difficile à l’échelle mondiale et les peuples autochtones sont plus vulnérables que jamais, commente Dali Nolasco Cruz, indigène Nahua et coordinatrice du Terra Madre Indigenous Network pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Le monde est redevable d’une dette historique envers nos peuples. Nous sommes les gardiens de 80 % de la biodiversité mondiale. Nous, les peuples autochtones du monde, réaffirmons notre engagement à nous battre pour nos droits, pour notre défense et nos terres et pour notre souveraineté alimentaire. Nous appelons tous les peuples autochtones du monde à l’action : jeunes, femmes, enfants et hommes, institutions locales, nationales, internationales, pour qu’ensemble nous puissions écrire l’avenir de l’alimentation et concevoir le monde que nous voulons. »

Serena Milano conclut en ces termes : « La biodiversité est partout, et la protéger par l’agroécologie est la seule solution en notre pouvoir pour préserver les communautés locales, l’alimentation locale et la planète. Tel est le message que Slow Food apportera à la quinzième rencontre de la Conférence des Parties de la Convention sur la biodiversité (COP 15) en octobre, où sera adopté un nouveau cadre mondial pour la biodiversité post 2020. »

La biodiversité selon Slow Food
Sentinelles Slow Food : 617 dans 79 pays
Arche du Goût : 5.501 produits dans 150 pays
Marchés de la Terre : 74 dans 28 pays
Alliance des chefs : 1.034 dans 26 pays

Biodiversité : nos objectifs d’ici à Terra Madre Salone del Gusto 2022 
40 nouvelles Sentinelles
400 nouveaux produits sur l’Arche du goût
30 nouveaux Marchés de la Terre
300 nouveaux cuisiniers et cuisinières dans l’Alliance des chefs

Bon appétit et large soif !

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