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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 10:04

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A l'ombre des bouchons et cafés de Lyon, selon Bernard Frangin René Besson, dit Bobosse, était le maître es bouchon lyonnais. Comme il pensait que les Parisiens étaient en train de voler leurs bouchons aux Lyonnais, il commit sa définition incontournable du bouchon lyonnais. C'était dans les années 70 :"Le critère de base, c'est une liste de dix articles qui doivent toujours être à la disposition de la clientèle. Mais attention, c'est une liste limitative. Pas question de faire de la restauration à côté. Donc : le pied de porc, les tripes à la lyonnaise, le tablier de sapeur, l'andouillette, la cochonnaille (dans laquelle il y a le saucisson chaud), la raie au beurre noir, la salade de groin d'âne aux gratons, les lentilles en salade, la cervelle de canut et le saint-marcellin de la Mère Richard". A cela, il ajoutait trois vins : le mâcon, le beaujolais et le côtes-du-Rhône. A l'apéro, pour se laver la bouche, le montagnieu n'étant pas excommunié systématiquement. Bernard Frangin, homme de bouche et de lettres du paysage lyonnais et grand chroniqueur-journaliste de ses choses-là au quotidien "Le Progrès", les a explorées sur le pavé même de la ville. Il a appliqué à la lettre le mot de Léon Blum, un théoricien du socialisme : "Le café est le salon du pauvre". Il a arpenté les bouchpns et les cafés lyonnais pour nous livrer leur histoire et les légendes qui vont avec. Ce livre est salvateur : sans doute est-il épuisé ? Il vous faudra donc piocher chez les bouquinistes. Je conseille sa lecture à tout patron propriétaire de ce qu'il croit être un bouchon à Lyon. Et encore plus à ceux qui voudraient tenter l'aventure. En guise de mise en bouche apéritive, lisez-donc : "Sur le seuil du "Bar des Amis", j'ai marqué l'arrêt et pressé le bras d'Amédée : - Ecoute ! Il a dû sentir qu'un geste aussi théâtral prouvait que j'avais un léger coup dans l'aile. En foi de quoi il m'a tendu une oreille amicale, mais radicalement découragée d'avance. - C'est dans les instants privilégiés comme celui-ci qu'il est bon de croire au surnaturel et que vient flotter autour de nous la rayonnante présence des absents ! La hardiesse de la formule ne l'a pas désarçonné. Amédée est un roc. Muet mais vigilant et habile à vous éviter l'écueil dérisoire qui couperait l'envol. - On a beau être un vieil agnostique et avoir élevé ses enfants dans le plus farouche rationalisme, il arrive que la logique vacille. Est-ce que tu me suis ? Par chance c'était le cas. - Amédée, je ne suis pas un ivrogne, tu le sais. Je n'ai jamais eu qu'une grande soif dans ma vie : celle de l'âme. Inextinguible, je n'ai pas peur de le dire ! Tu peux témoigner que nous n'avons jamais vidé un pot pour le simple plaisir de transvaser le liquide, mais pour que le verre vide devienne une loupe métaphysique qui permette de mieux scruter celui qui nous fait face. Je l'ai entendu murmurer : - ça c'est sûr ! - Que sont nos amis devenus, mon pauvre Amédée ? Je devais commencer à l'énerver. Il s'est dégagé. Il suffit parfois d'un infime mouvement, une imperceptible brisure d'amitié, pour vous dégriser. J'ai renoncé d'un bloc à la litanie des complices défunctés, ce redoutable de profundis de comptoir, qui vous remonte au coeur quand l'alcool vous a rendu plus sensible que critique et j'ai dit gravement : - Je pense à Georges Haldas. Amédée m'a fait le cadeau d'une seconde de curiosité : - Tu ne l'as jamais recontré. - Si ! A travers ses bouquins. Je me rappelle qu'il disait : "Âme des cafés, c'est à toi qu'à travers leur folie meurtrière ou leur besoin fou de communion, je suis entré en relation, mieux que partout ailleurs, avec les hommes. Et au-delà d'eux, avec le grand arbre de l'Homme et de son coeur. En état de permanente agonie et de non moins permanente genèse de lui-même." Il était un peu scié : - Redis-mois ça ! - Et c'est pourquoi, humbles et terribles cafés, miroirs de la condition humaine et parfaits inspirateurs en poésie, contre tous ceux qui vous méprisent, je vous rends grâce ici et vous salue. Amédée m'a souri : - Tu es peut-être moins saoul que moi." - Bonne lecture, bon appétit et... large soif ! - "Bistrots de Lyon, histoires et légendes", par Bernard Frangin, additionné d'un précieux "Lexique des bistrots de Lyon", par Marjorie et Guy Borgé (Ed. du Progrès, 1983).

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Published by toutnestquelitresetratures - dans A boire et à manger
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  • : Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly
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  • : Au quotidien, la cuisine selon les saisons, les vins selon l'humeur, la littérature qui va avec, les bistrots et les restaurants, les boutiques qui nourrissent le corps et l'esprit, bref tous les plaisirs de bouche et de l'âme.
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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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