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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 17:38

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ClosdesCapucinsFionaPortrait.jpgL’histoire commence au lycée français de Beyrouth où Fiona, née de parents anglais, dévore les manuels scolaires et, surtout, les descriptions de vendanges en Bourgogne. Mais c’est à seize ans, alors que son père est en poste à Washington – il est journaliste – que sa passion pour le vin se décide. Elle veut apprendre le vin. En 1976, malgré les préventions de l’époque, elle est à Bordeaux, dans un chai, et participe aux chaudes vendanges du millésime et à la transformation du jus de raisin en vin. C’est ensuite à Londres qu’elle parfait son éducation dans une école de dégustation. Mais la vraie vie devait la rattraper lorsqu’elle rencontre par hasard le grand caviste parisien Lucien Legrand dans les jardins du Palais-Royal, chez lequel elle commence d’abord par vendre des bonbons pendant une semaine. Lucien lui propose de passer le week-end chez lui, en Picardie. Il s’agissait de retaper un vieux bureau… pas d’aller marcher dans des vignes qui n’existent pas là-bas. Le dimanche soir, le bureau enfin retapé, Lucien lui demande s’il lui plaît. Elle n’eût pas le temps d’une réponse que déjà il disait : « Il est à toi. J’ai acheté une boutique, galerie Vivienne, qui communique avec le magasin de la rue de la Banque (Paris 2e). Il y fallait un bureau, et puisque tu m’as l’air de bien t’entendre avec ce meuble… la boutique est à toi ! »*1. Ce fût le début de l’aventure de Fiona Beeston dans le vin. Plus tard, elle poursuivra en ouvrant pour la famille Vrinat les Caves Taillevent dans le 8e. Elle a ensuite pris la plume pour la RVF (Revue du Vin de France) avec « Les carnets de Fiona », participé aux deux éditions du « Guide des Vins du Monde » de Slow Food (1993 et 1996) - alors que notre ami Tim Johnston avec votre serviteur avaient la responsabilité du chapitre France – en écrivant toutes les chroniques des vins de la Vallée de la Loire. Mais « le verre était dans le vin », sous la passion se dessinait un autre projet : celui de la vigne et du vin, un vin qui serait le sien, pour devenir une fille du vin. Les années ont permis de mûrir l’idée puis, de naître au cours de l’année 2009. Mais où donc ? D’autres régions furent évoquées, mais la vallée de la Loire, au fil des conversations, s’imposait. Et pourquoi pas ici ou là, en Anjou ou à Saumur ? Non, ce sera Chinon. N’est-ce pas là qu’elle avait noué une relation « intime » avec son deuxième mentor en vins, Charles Joguet, le maître de l’aggiornamento des vins du Chinonais, avec ses fameux « Clos de la Dioterie » et « Le Chêne-Vert » et la résurrection de vignes dites « franc de pied », c’est-à-dire non greffées ? Et d’ailleurs, avant même de signer l’acte de vente de son domaine du « Clos des Capucins » - elle prend conseil auprès de lui. Le verdict tombe un jour de mai 2010, alors qu’elle pense enfin avoir trouvé le terroir qui lui convient : « Ici, tu ne peux que produire des vins élégants ». L’affaire est faite, la propriété qui domine la Vienne, fait face au château de Chinon, juste en dessous du célèbre « Clos de l’Echo », devient sienne. Elle l’a trouvée en suivant les conseils de Benoît France, le spécialiste des cartes du vignoble, qui lui a suggéré de chercher sur le coteau entre le château et Saint-Louans. Il y a un petit hectare et demi en quatre parcelles bordées par des buissons, des haies, des arbres fruitiers, des terrasses. La vue est plongeante sur la Vienne, le terroir est fabuleux. Et tout ceci clos de murs, idéal pour la démarche bio que Fiona souhaite entreprendre. Ce sont les moines capucins qui l’avaient acquise en 1604, ces moines à qui il importait d’être assurés de ne point manquer de vin et, surtout, de l’avoir bon, puisqu’à l’époque ils faisaient fonction d’utilité sociale en hébergeant les voyageurs tout comme les personnages illustres. Sur son domaine, Fiona a aussi créé une maison d’hôtes dont je reparlerai (www.leclosdescapucins.fr). Mais revenons au vin : elle fait l’impasse sur la récolte 2010, puisqu’elle n’est pas encore équipée. 2011 sera son premier millésime. Elle le vend depuis peu. L’autre jour, c’est à six heures du matin que je la découvre chapeau de paille sur sa crinière blonde dans la vigne. Elle était au rognage. Demain, ce sera une des autres taches habituelles de la vigne. Il ne fait guère de doutes que les vignerons de la place n’y croyaient pas trop : on lui conseillait plutôt d’aller prendre des cours de golf, elle la Parisienne du 14e. Elle a tenu, avec un enthousiasme jamais mis à mal par les difficultés. Elle n’était pas née vigneronne, mais elle allait le devenir. Elle a suivi tous les cours qu’il fallait : elle sait conduire un tracteur et, aussi, mener le cheval avec lequel elle laboure et ses vendanges seront manuelles avec un tri sévère (les rendements du Clos des Capucins ont été de 15 hl/ha !) et ses vins sont logés en fût de chêne de deux vins provenant du Domaine de la Romanée-Conti (DRC). Elle traite peu, soutire quant il faut, regarde le calendrier lunaire, ne recherche pas la sur-maturation mais plutôt le fruit, la finesse des tanins et le bel équilibre. Fille de vin, elle est donc devenue. Voire même rebelle parfois, quand son œnologue lui prodigue quelques conseils et qu’elle s’amuse à lui dire lors de la visite prochaine : « Evidemment, je n’ai rien fait de ce que vous m’avez demandé ». Et même lorsque le grand Pascal Lambert – qui l’a prise sous son aile, et chez lequel elle a vinifié ses deux premiers millésimes faute de chai – passe à l’improviste pour lui suggérer de faire ceci ou cela, elle peut lui répondre que le secret de la culture et de l’élevage du vin est de ne pas être trop pressé… Mais, elle est néanmoins à l’écoute : son expérience, elle se la fait au rythme du temps, au jour le jour. Et elle apprend en laissant le temps au temps. Un temps qu’elle passe dans ses vignes – l’an passé elle a acheté un nouvel hectare d’anciennes vignes, travaillées depuis plus de vingt ans en bio par Pascal Lambert, sur le lieu-dit « Les Fondrières », à trois kilomètres de Chinon, sur lequel elle a produit un friand « Fiona Beeston’s Perfectly Drinkable »² (26 hl/ha) et, cette année sont venus s’ajouter 30 ares d’une vigne de 80 ans. Elle devrait en rester là. Vous pouvez déjà goûter ses vins à Paris au « Griffonnier » 8, rue des Saussaies (8e), au « Bistrot Paul-Bert » 18, rue Paul-Bert (11e). à « La Marguerite » rue Berger (1er), « Au Vieux Comptoir » 17, rue des Lavandières-Sainte-Opportune (1er), au « Juveniles » 47, rue de Richelieu (1er), au « D’Chez Eux » 2, avenue Lowendal (7e), à « L’Evasion » 7, place Saint-Augustin (8e), chez « Au Père Claude » 51, avenue de la Motte-Picquet (15e), au « Bougainville » 5, rue de la Banque (2e) et l’acheter chez « Legrand » 1, rue de la Banque (2e). Bonne dégustation et… large soif ! – « Le Clos des Capucins » - 3, rue du Pavé Neuf – Chinon (37500). Courriel : fiona.beeston@gmail.com *1 « Mes hommes du vin », Fiona Beeston, Plon, mai 1989. 2 « Perfectly Drinkable » : une expression qui est employée par son père depuis des lustres pour donner son avis au sommelier qui lui servait le vin.

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Published by toutnestquelitresetratures - dans Vignerons
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Vincent 08/08/2013 13:30

Très bel article! Je file chez Legrand!...

toutnestquelitresetratures 08/08/2013 23:22



Cher Vincent, peut-être pourriez-vous commander en direct, merci de me faire signe. Il y a deux cuvées, le Clos des Capucins et Fiona Beeston's Perfectly Drinkable...


Merci de me contacter via  ce commentaire.


 



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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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