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Publié par toutnestquelitresetratures

Gargamelle-copie-1.jpg

"Voici de quelle manière Gargamelle enfanta : et si vous ne le croyez pas, que le fondement vous échappe ! Il lui échappa un après-midi de février, après qu'elle eut mangé de grasses tripes de coireaux. Les coireaux sont des boeufs engraissés à l'étable et dans les prés que l'on fauche deux fois l'an. On avait fait tuer trois cent soixante-sept mille et quatorze de ces boeufs gras pour qu'ils soient salés le mardi gras et que l'on eût au printemps des salaisons à foison. Car le salé, pris au début des repas, fait bien mieux descendre le vin. Les tripes furent copieuses, ainsi que je vous l'ai dit, et si succulentes que chacun s'en léchait les doigts. Mais il était difficile de les conserver longtemps, car elles se seraient pourries, ce qui aurait été indécent ; aussi décida-t-on de les manger, sans en rien perdre. Dans ce but, on convia tous les citadins de Sainnais, de Suillé, de la Roche-Clermaud, de Vaugaudray, sans oublier ceux du Coudray, de Montpensier, du Gué-de-Vede et autres voisins, tous bons buveurs, bons compagnons et beaux joueurs de quilles. Le bonhomme Grandgousier y prenait un plaisir bien grand et ordonnait que l'on servît dans des écuelles. Il recommanda toutefois à sa femme qu'elle en mangeât le moins possible, vu qu'elle approchait de sa délivrance et que cette tripaille n'était pas viande très favorable. Celui-là, disait-il, a grande envie de manger merde, qui en mange jusqu'au sac. Nonobstant ces remontrances, elle en mangea seize muids, deux tonneaux, et six pots. Ô la belle matière fécale qui devait boursoufler en elle. Après dîner, tous s'en allèrent pêle-mêle à la saulaie, et là, sur l'herbe drue, dansèrent au son des joyeux flageolets et des douces cornemuses, et si ardemment que c'était un passe-temps céleste de les voir ainsi se divertir." - François Rabelais - Gargantua, livre I, chapitre III.

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