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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:36

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ChezJennySalle.jpgA deux pas de la nouvelle place de la République joliment rénovée, « Chez Jenny » est le temple de la cuisine alsacienne à Paris. L’histoire commence en 1932 et la choucroute est toujours issue de produits artisanaux. Le décor, lui, est en partie réalisé par l’un des plus grands artistes alsaciens, Charles Spindler, ouvert aux influences modernes, qu’elles proviennent de Paris, Berlin, Nancy et Munich, talent complet, illustrateur de livres, aquarelliste et peintre, mais aussi concepteur de meubles et de décors, dont les marqueteries ornent tout le premier étage. L’auberge provinciale est au cœur de la capitale, cela pourrait être une « winstub » au cœur de Strasbourg. L’aventure, elle, commence en 1931 au moment de l’Exposition coloniale à Paris qui eut un incroyable succès populaire. C’est à ce moment qu’un jeune traiteur alsacien, a l’idée de profiter de l’événement pour ouvrir au cœur de l’exposition une winstub sur le mode de celles de la belle province. Dès l’ouverture, ce sont les meilleurs fournisseurs du cru qui approvisionnent l’endroit : pâtés de foie gras de la maison Burger, charcuteries fines de chez Hurst, munsters et fromages à pâte molle affinés par la fromagerie Rentz, vins des domaines Hugel, Preiss et Clos Sainte-Odile, eaux-de-vie de Heymann à Bischwiller et la bière Hatt Cronenbourg, l’ancêtre de la marque d’aujourd’hui rachetée par Carlsberg. On y servait déjà tout le répertoire de la cuisine du cru : sandwichs au jambon d’Alsace, au saucisson de foie de veau truffé, à la roulade de veau, à la terrine de foie gras truffé, choucroute garnie, jarret de cochon, kougelhopf, etc. Robert Jenny ayant quasiment fait une petite fortune, en 1932, il se porte acquéreur d’une salle installée à fleur de place de la République, qui abritait depuis 1918 un bal populaire, le « Bal à Victor », alors qu’auparavant c’était un restaurant belge de 1914 à 1818 et un restaurant russe de 1906 à 1914. Mais l’immeuble date du XVIIIe siècle, comme en atteste la rampe en fer battu de l’escalier dans les parties privées. C’est au XIXe siècle que le quartier s’anime vraiment avec, sur le boulevard qui a remplacé les anciens remparts de Paris, l’ouverture de théâtres populaires où se jouent des mélodrames plus ou moins sanglants, d’où le surnom de « Boulevard du Crime » donné au boulevard du Temple. Après un premier aménagement de la place de la République en 1862 sur laquelle domine la statue hiératique d’une « Marianne » au sein nu, il ne restera plus de ces nombreuses scènes que le « Théâtre Dejazet ». Dans les années trente, des vedettes comme Lucienne Boyer, Django Reinhardt, Mistinguett, Jane Sourza, Raymond Souplex, Ray Ventura et ses collégiens, sont les habitués de « Chez Jenny », tout comme les familles qui assistent aux représentations du « Cirque d’Hiver », les syndicalistes de la Bourse du Travail voisine et bien d’autres. En 1936, Robert Jenny vend son affaire à un autre Alsacien, Robert Fleck, natif de Colmar. Auparavant, Charles Spindler avait conçu le décor : un programme de dix grandes compositions qu’on peut admirer dans la salle du premier étage et où se détache une admirable vue cavalière de Strasbourg survolé par des cigognes. Au rez-de-chaussée et dans l’escalier, une dizaine de marqueteries plus petites complètent ce panorama. En 1939, Jean-Baptiste Fleck passe à son tour la main à Charles Bayer qui compléta cet ensemble décoratif en 1953 en faisant appel à un maître sculpteur de Colmar, Albert Erny, qui conçoit un programme de boiseries et de sculptures en chêne massif : écussons des villes d’Alsace et de Paris, panneaux représentant divers métiers dans leur expression traditionnelle, portes sculptées au premier étage, personnages féminins symbolisant les villes de France et un décor héraldique de la salle du premier dite « Colmar ». On y trouve l’évocation de personnages historiques tels que le peintre Matias Grunenwald, l’auteur du rétable d’Issenheim, le général Rapp, aide de camp de Napoléon 1er, le dessinateur satirique Hansi ou encore le sculpteur Auguste Barholdi à qui l’on doit la statue de la Liberté à New-York. Dans les années soixante, le voisin théâtre de l’Alhambra (démoli en 1967), abrite les concerts de Johnny Halliday et d’Henri Salvador : les soirées se terminent plus souvent que de coutume chez « Jenny ». Jusqu’à 2000, date de la reprise par les Frères Blanc, Miroslav Siljegovic – aujourd’hui propriétaire du « Café de Flore » et de « La Closerie des Lilas » - maintient la tradition de l’auberge alsacienne. De ces années-là, on sait qu’on y vît, dans le désordre, Michel Simon, Yves Sautet, Jacques Legras, Adamo, Léon Zitrone, Robert Manuel, le mime Marceau, Michel Galabru, Alain Delon, Ari Vatanem, Bertrand Tavernier, Léo Ferré, Jean-Paul Belmondo, Thierry Lhermitte, Silvia Kristel, Jean-Paul Gaultier, Elia Kazan, Haroun Tazieff, Mac Enroe, Marina Vlady et bien d’autres. Aujourd’hui, « Chez Jenny » est devenu la propriété de la Caisse des Dépôts et Consignations… mais il reste les souvenirs, la nostalgie et, quand même, un esprit alsacien dans son jus, notamment avec la bière Meteor, dernière brasserie indépendante d’Alsace. Bon appétit et… large soif ! – « Chez Jenny ». 39, boulevard du Crime (Paris 3e). Tél. : 01 44 54 39 00. Tous les jours jusqu’à minuit. M° République.

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Published by toutnestquelitresetratures - dans A boire et à manger
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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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