Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par toutnestquelitresetratures

« « Quelle importance, après tout, si les vieilles recettes de nos grands-mères disparaissent ? Elles étaient grasses et lourdes. Et les cuisiniers d’aujourd’hui en inventent sans doute de plus légères et de tout aussi bonnes ». La sentence est terrible. Adieu gribiches et béarnaises, aux oubliettes de l’histoire, blanquettes et cassoulets. La sentence est terrible ; elle est surtout affligeante quand elle émane d’un jeune professeur de lettres classiques, qui se bat pour la préservation du latin et du grec, et du patrimoine littéraire et culturel français. Quoi ? Homère et Ronsard valent mieux qu’un bœuf en daube ? Sans doute. Mais Homère sans la Méditerranée, la lumière, la vigne et le vin ? Ronsard sans la Touraine, sa douceur et ses courbes, la finesse du cépage chenin, la chair tendre et savoureuse des gélines ? Pas de littérature sans paysages, pas de poésie sans un univers de senteurs, de couleurs et de goûts. C’est tout le sens des correspondances baudelairiennes. Et même si le poète des « Fleurs du Mal » a plutôt chanté le vin que la poularde demi-deuil, il a plus que tout autre dessiné dans son œuvre le lien indissoluble entre écriture et sensorialité, laissant deviner que ce que nous appelons patrimoine, ce que nous ont légué nos pères, est un tout un ensemble de textes, de récits, de modes de vie et de valeurs, un ensemble de goûts, de souvenirs et de mythes partagés. » - « Goût et patrimoine : la résistance est dans le pot-au-feu », de Natacha Polony*, in « A boire et à manger », sous la direction de Roger Feuilly et Périco Légasse, Editions Labor-PAC (2006). *Natacha Polony est titulaire d’un DEA de poésie contemporaine et de l’agrégation de lettres modernes, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, essayiste et journaliste, notamment à Europe 1 pour la revue de presse matinale.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article