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Publié par toutnestquelitresetratures

GuideMichelin1958.jpeg

BottindelaCommere.jpegLes archives, parfois, ont du bon, histoire de replacer les choses dans leur contexte. En 1958, le Guide Michelin recensait 11 restaurants 3 étoiles, 59 à 2 étoiles et 583 à 1 étoile. Parmi ces derniers figurait en bonne place à Paris dans le 3e arrondissement, "Chez L'Ami Louis". A l'époque, le propriétaire, c'était Antoine Magnin. La maison était fermée le mardi et au mois d'août. Le Michelin indiquait les spécialités de cette maison alors étoilée : foie gras, ortolans (juin et octobre), confits d'oie et de canard. Le tout pour un repas à la carte d'environ 2.500 à 3.000 francs. Pendant le même temps, la célèbre Carmen Tessier, de "France-Soir", publiait son "Bottin de la Commère" dans lequel elle résumait dix ans de vie parisienne, dix ans de déjeuners, de dîners et de soupers. Lisez-donc sa relation de "L'Ami Louis" : "De la gargote, elle n'a que l'aspect. La cuisine est délicieuse. Mais il vaut mieux essayer d'oublier le cadre à moins que votre sens de l'esthétique ne s'accomode de murs décrépits et d'une lumière qui est parcimonieuse sans réussir à être tamisée. L'écriteau indiquant : Restaurant catégorie A. Prix des repas 50 francs maximum est toujours à la même place depuis vingt-cinq ans. Les tables sont recouvertes de nappes à carreaux blancs et rouges sur lesquelles on dispose un carré de papier. Bien qu'il ne soit jamais allé dans les Landes, Antoine, l'actuel propriétaire, est spécialiste de la cuisine landaise qu'il fait lui-même. Il porte une blouse bleue de bouvier, des moustaches trois fois plus longues et plus épaisses que celles de Me Théodore Valensi et une barbe impressionnante. Néanmoins, de nombreuses vedettes ont tenu à l'embrasser. Flatté, Antoine les raccompagne alors jusqu'à la porte lorsqu'elles s'en vont et à cette occasion il enfile une veste blanche par-dessus la blouse. Darryl Zanuck est un vieil habitué. Il demande toujours "la table à Gaston" - les tables ont en effet conservé le nom d'ex-clients fidèles de la maison - Gaston était, il y a une trentaine d'années, un souteneur, célèbre dans le quartier. Le gibier est la grande spécialité de "L'Ami Louis". Très apprécié par les hommes politiques, la famille Laniel, Yvonne Printemps et Pierre Fresnay gourmands de cailles. Valentine Tessier et Simone Berriau préfèrent les perdreaux. Martine Carol, Edwige Feuillère viennent souvent en juin ou en octobre pour savourer les ortolans. Antoine regrette que personne ne les mange selon une vieille coutume landaise : en mettant sa tête sous la nappe pour mieux en apprécier le fumet. Orson Welles, Kirk Douglas, Danny Kaye, Grégory Peck ont insisté vainement pour obtenir des recettes. Ils prétendent qu'il est utile que l'Amérique possède enfin une cuisine gastronomique. Un journaliste américain voulant connaître le secret d'une nougatine l'enveloppa dans son mouchoir et l'expédia à New-York aux fins d'analyse. Antoine garde tous les reliefs des repas pour les voisins pauvres et une maison d'accueil pour chiens abandonnés, située à Herblay. La maison ne peut servir que vingt couverts mais à minuit on peut encore (à la rigueur) commander son repas. Prix : 3.000 francs environ." C'est ainsi qu'on écrivait en 1958 pour commettre une critique gastronomique. "L'Ami Louis" n'est plus dans le Guide Michelin depuis 1964 déjà, mais la maison continue d'attirer le beau monde, même si tout n'y est pas confectionné à l'aune du plus-que-parfait et alors que les prix sont himalayesques, comptez 150 à 200 €. La Commère nous a quittés aussi, tout comme l'autre figure journalistique de ce moment-là, Geneviève Tabouis qui, sur RTL annonçait toujours "Les Dernières nouvelles de demain" (1949-1967), et qu'elle entamait invariablement ses chroniques par sa célèbre phrase fétiche « Attendez-vous à savoir… », ensuite par « J'ai encore appris… » avant de relayer l'information par des « Et vous saurez… » avant de conclure ses éditoriaux d'un "à dimanche prochain, pour les dernières nouvelles de demain". Bon appétit et... large soif !

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