Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 10:32

Republiquedelamalbouffe.jpgVoilà douze ans, alors que j’étais Président de Slow Food Paris Rabelais, un convivium du mouvement international « Slow Food » que j’avais fondé avec quelques autres en décembre 1989, je publiais le premier numéro de « La Lettre », diffusée à Paris et en région parisienne. Le premier édito, celui que je reproduis ici et dont je n’ai pas vraiment la nécessité d’en changer un seul terme, parce qu’il faut encore et toujours lutter contre la malbouffe et « une cuisine furtive, rapide, internationale » comme l’illustrait à l’époque le dessinateur Kerleroux, le voilà donc : « Il était une fois la malbouffe ». – « Dans un an, cinq ans, dix peut-être, lorsque « Slow Food » n’aura plus guère le besoin de lutter contre l’avilissement de la (né-) fast-food, de cette fast-life qui conduit à la mondialisation, on dira alors « Il était une fois la malbouffe ». Mais ne rêvons pas trop vite. Aujourd’hui est encore placé sous le signe inquiétant de l’OMC, de la World-Company et des OGM. Les sociétés multinationales imposent leur modèle. Celui de la productivité à outrance au détriment de la diversité culturelle et écologique. En soi, cette forme insidieuse que prend la mondialisation préjuge une nette érosion de la démocratie. Dans ce contexte, « Slow Food » est un mouvement agitateur d’idées depuis sa création internationale à Paris, en 1989. Précurseur même des combats qui sont menés en cette fin de siècle par les organisations non gouvernementales, comme la Confédération paysanne de José Bové. Pour notre part, et à notre niveau, notre action est plus prosaïquement livrée à la défense des produits de qualité, que nous voudrions préserver de la disparition, ceux qui ont du goût. Le goût de ce qu’ils sont. Pas le goût du fromage pasteurisé de force, ou de la tomate inoxydable, tous deux chers à l’obsession hygiéniste de l’Europe du Nord. Une obsession qui conduira à mettre nos marchés de plein air en danger, les vouant aux aliments basiques du fait n’importe comment et provenant de n’importe où, mais surtout pas des potagers et vergers ou des élevages naturels où la productivité ne règne pas en maître absolu. Il y a d’ailleurs là un problème qui n’est pas seulement politique, mais également culturel. L’obsession hygiéniste des uns les conduit à privilégier une nourriture dite saine, qui élimerait tout danger pour la santé de l’homme. D’autres, a contrario, luttent contre la médiocrité qu’engendrent les produits « cultivés » sans soleil, la feta au lait de vache danoise, le camembert venant d’ailleurs, le vin qui n’est pas toujours que de raisins. Les uns se nourrissent, s’alimentent, alors que les autres mangent et dégustent. D’un côté, un acte purement physiologique, de l’autre un acte culturel. « Slow Food » s’inscrit évidemment dans la seconde hypothèse. Ce que nous voulons, en parcourant le monde et en chantant les vertus de la bonne bouffe et du bon vin, c’est avoir la gourmandise aux lèvres, le nez en éveil, le palais en fête et le cœur au ventre. ». – Voilà une ambition qu’il n’était pas inutile de rappeler et pour laquelle il faut militer. Bon appétit et large soif.

Partager cet article

Repost 0
Published by toutnestquelitresetratures - dans Polémique
commenter cet article

commentaires

sam 10/02/2013 18:44

Après un séjour de 6 mois aux USA j'en arrive au même constat. Je dois dire que c'est assez hallucinant!
Voici le lien du fameux reportage Super size me qui aborde ce sujet:
http://funvideo.fr/supersize-me/

toutnestquelitresetratures 11/02/2013 08:32



Merci de votre analyse. Les derniers événements concernant l'affaire de la viande de cheval qui a remplacé celle de boeuf dans les surgelés illustre vraiment le sujet abordé de la malbouffe. Il
faut savoir que les produits utilisés pour ces surgelés sont ce que les bouchers appellent "le minerai", pas de la bonne macreuse par exemple, mais tout ce qui dans les animaux de boucherie ne
peut être vendu en muscle. A ce titre, ces tonnes et tonnes de viandes sont mises sur le marché via des traders qui spéculent dessus comme sur tout autre produit financier ou industriel. La
motivation de ceux qui mettent sur le marché de tels produits n'est donc que commerciale, au détriment de la qualité du produit, allant même jusqu'à accepter de  tromper le consommateur sur
l'identité du produit, n'offrant par ailleurs aucune traçabilité au consommateur. Comme je le soulignais déjà voilà plus de dix ans, ne rêvons donc pas, Slow Food n'a pas disparu et c'est bien
ainsi, tout-à-fait nécessaire encore.



Présentation

  • : Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly
  • Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly
  • : Au quotidien, la cuisine selon les saisons, les vins selon l'humeur, la littérature qui va avec, les bistrots et les restaurants, les boutiques qui nourrissent le corps et l'esprit, bref tous les plaisirs de bouche et de l'âme.
  • Contact

Profil

  • toutnestquelitresetratures
  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.

Recherche

Pages

Catégories