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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 09:01

42 1 bAh la boulange, celle de son odeur aux premières heures du petit matin, quel petit garçon ne l'a-t-il pas eue, à l'instar de celui photographié pour l'éternité par le grand Willy Ronis ? Olivier Besancenot a aussi été un enfant. Le facteur (l'est-il toujours ?) & le porte-parole (il ne l'est plus) de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) s'en est souvenu dans une tribune libre publiée voilà dix ans dans le livre "Le guide des boulangeries de Paris"*. Il écrit : "La boulange, c'est avant tout des souvenirs. Les premières fois où je vais acheter la baguette tout seul, elle coûte 2 francs 70 "et 30 centimes de bonbons, s'il vous plaît". A la sortie, je m'attarde : le boulanger ouvre quand il fait beau et on peut le regarder travailler. Le pain se fait comme sur une chaîne de production en usine : la boule de pain arrive, écrasée entre deux rouleaux, l'apprenti la roule pour en faire une baguette et hop, au four. Ils sont sympas, les apprentis boulangers : quand le patron n'est pas là, ils nous donnent des petites boules de pâte pour jouer. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert le passé combattant des apprentis boulangers pendant la Commune de Paris : la "grève du sel". Mon ami et camarade Mathieu m'en parlait comme s'il y avait participé : il fallait protester contre le travail de nuit et les bas salaires, mais comment faire, isolé devant son pétrin ? Alors, le même matin, tous les apprentis de Paris ont fabriqué leur pain sans mettre de sel dans la pâte. Aucun pain mangeable dans toute la ville, voilà ce qui s'appelle établir un rapport de force ! Des expériences comme celles-là, la Commune de Paris en a vues beaucoup. En 1871, la ville a, pendant quelques mois, mis en place une nouvelle société : l'auto-organisation, l'égalité entre hommes et femmes, la démocratie dans les entreprises, l'internationalisme. Pas étonnant que les militants d'aujourd'hui s'y réfèrent encore : pour eux comme pour nous, les vies valaient plus que leurs profits. Aujourd'hui, on paye la baguette 80 centimes d'euros, environ. Je doute de la répercussion du prix sur les salaires des apprentis boulangers. Le matin, sur mon vélo de facteur, je passe devant les boulangeries et j'y cherche l'odeur de la pâte à pain crue : l'odeur de mon enfance, mais aussi celle de la lutte, de la solidarité et bientôt celle de la victoire des apprentis sur les patrons." C'était en 2004. - Bonne lecture, bon appétit et... large soif ! - ""Le Guide des boulangeries de Paris", Augustin Paluel-Marmont & Michel de Rovira, Les Editions de l'If.

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Published by toutnestquelitresetratures - dans Littérature
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  • : Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly
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  • : Au quotidien, la cuisine selon les saisons, les vins selon l'humeur, la littérature qui va avec, les bistrots et les restaurants, les boutiques qui nourrissent le corps et l'esprit, bref tous les plaisirs de bouche et de l'âme.
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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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