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Publié par toutnestquelitresetratures

"A l'aube de la grande époque de Montparnasse se trouve "La Closerie des Lilas". Tout est parti de ce café modeste , sans lumières éclatantes, ni cuivres, ni bar étincelant : un café de quartier où il faisait bon chaud l'hiver et à la terrasse duquel, les soirs d'été, on pouvait goûter une fraîcheur parfumée. Pas de lilas, d'ailleurs... le nom du café ayant été repris d'un ancien bal champêtre, situé de l'autre côté du boulevard du Montparnasse, mais des platanes touffus qui faisaient un dôme d'ombre au-dessus de la terrasse. Les consommateurs étaient isolés des passants par des fusains en caisses. Les nuits tièdes de juin, la brise apportait le parfum des tilleuls en fleur dans les jardins des couvents voisins. La légende n'en tient pas assez compte : Montparnasse est né là, et ce fut une création volontaire. Paul Fort et André Salmon ont raconté, sans doute en enjolivant beaucoup les choses, comment au moment du lancement de "Vers et Prose", au printemps 1905, ils avaient envoyé des milliers d'invitations 23.000 selon Salmon, 10.000 selon Paul Fort - aux écrivains et aux artistes du monde entier pour les inviter à venir les rejoindre à Montparnasse dont ils se proposaient de faire un centre international des arts et des lettres. Nombreux furent ceux qui répondirent à leur appel, et ils eurent la surprise de voir débarquer un authentique Peau-Rouge, un mage de Batavia, un fakir hindou... et cent vingt Chinois, élèves de l'école des mines de Mons ! Disent-ils... La vérité est moins pittoresque ; quelques dizaines de lettres seulement avaient pu être envoyées, le bailleur de fonds de l'entreprise, Maurice Raynal, ayant ramené sa contribution des 20.000 francs promis à 200. Ce qui est pourtant bien exact, c'est qu'à partir de ce moment Montparnasse, en un mouvement qui ne cessa d'aller s'amplifiant, devint le point de rassemblement des écrivians et des artistes venus des quatre coins de l'horizon. Par sa situation, "La Closerie des Lilas" se prêtait à cette vogue. Dernier café du boulevard Saint-Michel ou premier du boulevard du Montparnasse, sa proximité du Quartier Latin et, surtout, de Saint-Germain-des-Prés, depuis longtemps centre de l'édition, en faisait un point de convergence obligé. Editeurs, écrivains, critiques, journalistes n'avaient qu'un court chemin à faire pour gagner ce café, déjà élu par ceux d'entre eux qui habitaient le quartier de l'Observatoire. L'affluence en été, aux heures apéritives, était considérable ; on prenait là comme un avant-goût de vacances. La campagne des champs et des bois était à un jet de pierre." - "La vie quotidienne à Montparnasse", de Jean-Paul Crespelle (Hachette, 1976).

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