Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par toutnestquelitresetratures

Aujourd’hui, hommage à l’inspirateur de ce blog « Tout n’est que litres et ratures » qui n’est autre que Monsieur Antoine Blondin, qu’on ne présente plus. J’ai en effet choisi de lui emprunter une de ses nombreuses « saillies » littéraires. Il en a commis d’autres. Comme celle-ci : « Quand on meurt de faim, il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire ». Elle introduit ainsi une réflexion sur la soif de savoir chez Rabelais. Bonne lecture et large soif. - La « gastrolâtrie » rabelaisienne confère une place prépondérante aux salaisons, saumures, viandes séchées ou fumées, aux venaisons puissantes, précisément parce que ces mets incitent à boire davantage et raniment la soif. Ainsi le désir de savoir est-il inextinguible, et ne se contente que pour pouvoir renaître de plus belle de sa satisfaction même. Répéter sans cesse « Buvons », c’est dire que le Divin Savoir, selon le mot de Rabelais, n’a d’autre fin que de se renouveler lui-même, en se portant toujours plus, au-delà de toute contenance mesurable. Le savoir rabelaisien est démesure. Même l’extravagante invention du chapitre 5 de Gargantua reproduisant les propos débridés des ivrognes, révèle cette interprétation. Question : « Qu’est qui vînt en premier lieu ? Soif ou beuverie ? Première réponse : avoir soif, car qui eut bu sans soif durant le temps d’innocence ? Seconde réponse : beuverie, car la privation présuppose l’habitude, je suis savant. Objection : nous autres, innocents, ne buvons que trop sans soif. Conclusion provisoire : moi, pécheur, je ne bois pas sans soif, sinon présente, du moins future ; comprenez-vous, je préviens la soif, je bois pour la soif à venir. Je bois éternellement. C’est pour moi une éternité de beuverie et une beuverie de toute éternité. » On retrouvera là tout le paradoxe platonicien du savoir et de son acquisition. Pour savoir, il faut apprendre, mais pour apprendre, il faut que le savoir soit déjà là en quelque sorte. Pour avoir le désir de connaître, encore faut-il savoir qu’on ignore et même savoir ce qu’on ignore, donc dans tous les cas savoir : avoir soif, c’est avoir déjà bu. – A suivre….

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article