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Publié par toutnestquelitresetratures

Avoir soif donc, c’est avoir déjà bu. Qu’est-ce qui est donc premier dans l’acte de connaître : la quête ou la trouvaille, la recherche ou la découverte ? Comment savoir qu’on a trouvé, si on ne sait pas ce qu’on cherche ? L’innocence est l’état d’ignorance : boire sans soif, c’est comme trouver sans avoir cherché, c’est ne pas savoir ce qu’on trouve et donc le méconnaitre. Savoir, c’est savoir ce qu’on a su : c’est aussi savoir ce qu’on saura. Le Savoir ne retrouve son passé que pour jaillir vers l’avenir. C’est le pécheur qui est dans le vrai : on ne boit jamais sans soif, car même si nous sommes présentement rassasiés, il nous faut prévenir la soif qui ne manquera pas de revenir. Le savoir court après lui-même. Boire pour la soif à venir dit bien que connaître aujourd’hui, c’est ouvrir sans limites les voies du savoir de demain. Qu’on n’ait crainte de parvenir trop vite au bout. Le monde est assez vaste pour qu’il y reste toujours de quoi aiguiser à nouveau, et satisfaire à nouveau la soif de tout connaître : « Et n’ayez peur que le vin manque, lit-on dans Le Tiers Livre, comme il arrive aux Noces de Cana en Galilée… Le tonneau demeurera ainsi inépuisable… Tel était le breuvage contenu dans la coupe de Tantale représenté par allégorie entre les sages brahmanes ; telle était en Ibérie la montagne de sel tant célébrée par Caton, tel était le rameau d’Or consacré à la déesse souterraine tant célébré par Virgile. » L’ouverture d’un champ d’avenir illimité donne donc à l’homme l’image de sa propre éternité : boire éternellement. Avoir aboli toute soif, toute lacune, tout besoin qui nait de la conscience d’un manque. Que dit l’Oracle ? « Bois ». A la bonne heure, comme si nous avions besoin qu’on nous le répète ! Et puisque la règle de l’abbaye de Thélème est « Fais ce que voudras » et que de la vie des Thélémites, Rabelais nous dit : « Grâce à cette liberté, ils entrèrent en louable émulation de faire tous ce qu’ils voyaient plaire à un seul. Si l’un disait : « Buvons », tous buvaient. A nous tous donc de suivre l’Oracle de la Dive Bouteille, et de vivre selon la seule règle de Thélème en concluant par une acclamation rabelaisienne : Buvons ! Buvons ! Buvons !

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