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Publié par toutnestquelitresetratures

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La-CigaleNantes.jpg

Oktoberfest.jpgFille d’Alsace, du Nord de la France, de Bavière, d’Irlande ou d’ailleurs, la bière est universelle. On la boit dans les salons huppés, les pubs chics et chauds où son or illumine sa blanche mousse, les estaminets bruxellois qui ont pour nom « L’Homme Sauvage », « Le Pot Carré », « La Mort Subite » ou le « Poechenellekelder », les bars parisiens et les tavernes enfumées de Prague comme les chez les mineurs de fond – que sont-ils devenus ? -, les moissonneurs du Kentucky ou les ouvriers du Livre : elle ignore la lutte des classes, elle a même conquis le sexe dit faible. De boisson rituelle lors de certains banquets funéraires dans le Haut-Palatinat, elle est devenue boisson de soif de l’Atlantique à l’Oural sans oublier qu’elle se déguste, pour les meilleures, comme on le ferait pour un bon vin. Elle fait rêver les écrivains. Thomas Mann avouait à son propos : « Pour ma modeste part, tous les jours je bois ma petite bière blonde au souper, un demi-litre à peine et mon humeur est toute changée. Je me calme, je me détends, je me laisse aller dans mon fauteuil et je me dis : encore une de tirée et ah ! que je me sens bien ce soir. » Elle a son vocabulaire, du « ale » britannique jusqu’à la « weisse » berlinoise en passant par le « kriek » flamand, la « gueuze » bruxelloise, la « pilsen » tchèque, le « stout » irlandais et le « trappiste » des abbayes cisterciennes. Elle a ses fêtes avec le mondialement célèbre « Oktoberfest » munichois, qui vient de fêter ses 200 ans d’existence, copié jusqu’à Kuala Lumpur, avec son refrain chanté des milliards de fois : « Ein Prosit, en Prooosit der Gemütlichkeit ! Eins, zwei, drei, Suffa ! ». Elle a généré de vénérables maisons souvent centenaires qui perpétuent la tradition et l’artisanat brassicole avec bonheur : en France, elles s’appellent Meteor, Fischer, Jeanlain ou Enfants de Gayant ; ailleurs, leurs noms rutilent avec la Cantillon, la Quintine, la Saint-Feuillien, la Königsbacher, la Spaten, la Guinness ou la Carlsberg. Son alchimie est inscrite dans l’histoire. Sans eau pure (il en faut 15 litres pour obtenir un litre de bière) qui prend naissance dans des sols granitiques, dans les Vosges ou le plateau de Bohême, dans des lits à gypse ou des puits artésiens, sans orge, dont la culture remonte à plus de 70 siècles, sans malt, « la moelle de la bière », sans houblon, « l’âme de la bière », qui a ses variétés et ses « grands crus », sans levure, sans la main de l’homme, omniprésente, cette boisson plusieurs fois millénaire n’existerait pas. Nous ne verrions pas fleurir au fronton des pubs anglais de magnifiques enseignes ; Edouard Manet n’aurait jamais peint La serveuse de bock, Van Gogh Une femme au tambourin, assise sur une table en forme de tambourin et dégustant un bock de bière, la brasserie « La Cigale » à Nantes ne serait pas décorée avec foisonnement de gerbes de houblon et de chopes dans un sens ornemental et symbolique que l’on retrouve sur les affiches de Mucha et la brasserie « Georges » à Lyon ne servirait pas « bonne bière et bonne chère » depuis 1836 dans un cadre Art déco classé avec un plafond de 710m2 d’une seule portée. De même la gastronomie n’aurait pas été investie et nous n’aurions jamais connu les filets de sole aux jets de houblon de Pierre Romeyer, le chou farci braisé à la bière d’Emile Jung, le célèbre welsch rarebit et la non moins connu carbonnade flamande ni même l’escalope de veau à la maredsous et au faro tant prisée en la capitale belge. Et les bistrots, lieux privilégiés de l’échange social, là où l’on prend le pouls d’un quartier, d’une ville, où l’on va voir les autres pour sortir de sa carapace, que seraient-ils sans ces belles tireuses qui fleurissent à leur comptoir ? La bière avec laquelle, selon un proverbe strasbourgeois, la soif commence à devenir belle est décidément incontournable. C’est un besoin de vie : les Parisiennes et les Parisiens l’ont bien compris : ils la boivent ici ou là, "Au Général La Fayette" (9e), au "Café de Flore" (6e) ou à "La Closerie des Lilas" (6e).

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