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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 07:32

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MichelSmithBar.jpgA l’aube de ce jourd’hui, émouvante lecture de l’article de Michel Smith sur son blog, http://pourlevin.skyrock.com, dans lequel il raconte l’histoire au quotidien de sa rue, la rue de l’adjudant-pilote René Paratilla qui fut le premier aviateur tombé au combat lors de la première guerre mondiale. Une rue qui est aussi connue sous son nom d’emprunt, la « rue des Epices », parce qu’on y trouve deux épiceries à l’ancienne. Michel Smith, avec lequel voilà des lustres j’ai participé à l’écriture de plusieurs ouvrages consacrés au vin, « Le guide de la route des vins de France» (1990), « Le guide des vins du monde » de Slow Food (1993 et 1996), et un autre autour de la coupe du monde de football de 1998 « « In Francia con l’Italia, Guida turistica enogastronomica alle città azzurre del mondiale », est installé à Perpignan. Il aime le vin et un peu plus celui issu du cépage carignan. De la ville dont Dali magnifia la gare, il livre ses chroniques sur le vin et les choses. Ce matin, ce furent ses mots plein d’amour pour les gens, de justesse, sortis de ses tripes, autour de la vie de « sa » rue… Je ne peux que vous les livrer dans leur version originale. Ce matin, ça m’a fait du bien. Merci Michel, et sois rassuré, il y a encore des Parisiens qui ne sont pas blasés et qui auront envie de faire le voyage vers la rue Paratilla : j’en suis ! Alors à toi la parole : « Si cette artère dépasse les 50 mètres en longueur, je me damne ! Mieux, je vous paie un verre chez Henri ou chez son voisin du Bar de la Marée, lui-même riverain immédiat de la blonde poissonnière Mireille experte en plateaux de fruits de mer. La rue en question, certains la connaissent sous son nom d'emprunt, la « rue des Épices ». Ça lui va bien vu qu'elle compte deux épiceries « à l'ancienne » dont les étals débordent largement sur ce qui fut jadis le pavé, proposant qui de la morue séchée, qui des sacs colorés pour faire ses emplettes, ou encore des souvenirs estampillés « sang et or », du vinaigre du pays, bâtons de cannelle ou de vanille bourbon. Les touristes se laissent prendre par l'une ou par l'autre, probablement plus attirés par le détail visuel qui tue comme ce tas de rondelles d'ananas confit, ou par l'odeur enivrante d'une poignée de harengs fumés quand ce n'est pas par la saucisse de Morteau pend n'attendant plus que les lentilles du Puy pour embaumer votre cuisine. Entrer dans cette ruelle, c'est pénétrer dans un bazar à la française où l'on retrouve l'empilement de toutes les gourmandises de son enfance tout en s'enfonçant dans le passé colonial de l'arrière grand-père qui a bien connu l'Indochine et le souk de Casablanca. - Présentations. Sur le papier, son vrai nom est « rue de l'Adjudant-pilote Paratilla » (*). Mais il est vrai que l'on dit plus facilement en la désignant que l'on se retrouvera entre deux courses « rue Paratilla ». Elle se trouve en plein cœur du vieux Perpignan, grosso modo, pour ceux d'entre vous qui se sont munis du plan généreusement offert par l'Office de Tourisme, entre la Place des Poilus et la Place de la République. On la prend par la rue de l'Ange, là où une vieille dame propose selon la saison une demi douzaine de tomates, des confitures maison ou d'adorables bouquets de violettes. Mais perso, je l'aborde plutôt par la Place des Poilus à cause de l'ambiance de la poissonnerie des frères Gonzalvez d'où fusent les rires et les blagues qui évoquent à certains l'époque où Mostaganem était aussi française que Port-Vendres. Rien de tel pour commencer son marché. Ici, on vous fait comprendre que l'on a le plus beau poisson de la terre « parce que c'est la famille qui le pêche », ou parce que c'est tout bonnement la saison des lisettes que l'on n'a plus le droit d'appeler ainsi « parce que, vous vous rendez compte, les fonctionnaires, y veulent que l'on écrive que c'est du maquereau ». Bref, pour moi, le marché commence par une magistrale leçon de choses sur les patronymes attribués tout au long de la côte du Golfe du Lion aux poissons de la Méditerranée. Un peu comme sur le Vieux Port, à Marseille. « Bon, vous me mettrez deux ou trois poignées de petits vendangeurs que vous me garderez au frais et que je passerais prendre à l'heure de l'anisette » ! C'est ainsi que je quitte le joyeux monde sous-marin des Gonzalvez - « Vous me faîtes confiance, cette sardine vous pouvez la manger crue tellement elle est fraîche » ! - pour entamer les quelques mètres de cette micro artère devenue « monument le plus visité de la ville ». Et de tomber sur un marchand de jambons hispaniques que j'appelle « jamboniste », Daniel de son prénom, puis sur une autre poissonnerie tenue par Mireille Azeau, sur les fruits et légumes des Caillis, sur mes deux épiciers ou sur mes bistrots lilliputiens précédés d'une ou deux tables branlantes posées sur le granite importé de Chine en 2010 que notre maire, né au Maroc, a eu la bonne idée de nous imposer un jour de conseil municipal probablement houleux. « Y'en a marre du marbre du pays, les vieux se cassent la gueule dès qu'il pleut » ! Voilà, vous savez tout ou presque de mon parcours du combattant lorsque, heureux d'en découdre, je déambule le samedi matin de mon quartier de la Gare vers le petit carré bio du marché de la Place de la République en passant par la rue Paratilla. - L'autre Samedi, alors que chemin faisant je ruminais ma rage contre la couvrante du « Spécial Vins » de Paris-Match, œuvre navrante et poussiéreuse du triumvirat Bettane-Desseauve-de Rouyn, j'ai fini par me demander par quel mystère un lieu vers lequel j'approchais à grand pas, qui vous est familier au point que vous le fréquentez sans même vous en rendre compte, puisse devenir aussi attractif du jour au lendemain ? Tandis que la semaine dernière le festival Visa pour l'Image battait encore son plein avec son lot de débats, d'expositions diverses et de visiteurs bardés d'objectifs en tous genres (même si de ce côté-là le sac du photographe amateur ou pro s'est considérablement allégé en 30 ans), la voyant photographiée sous toutes les coutures par des touristes en goguette qui n'oubliaient rien du moindre morceau d'enseigne, de ses étals dégoulinants, de ses commerçants hâbleurs et de ses chalands blagueurs, je me suis demandé pourquoi je passais par cette rue depuis près de 30 ans sans jamais m'y arrêter plus que le temps nécessaire à l'achat de quelques cèpes de saison, d'anchois bien dodus, d'oignons rouges de Toulouges, ou de tranches épaisses de sobrasada piquante. Et pour la première fois, dans cette cité que j'ai pourtant la prétention de bien connaître, il m'a semblé que j'étais un visiteur en mal de sensations. Comme si je m'apprêtais à partir pour un long voyage, le moment était venu de contempler « ma » rue, ma rue bonheur. - Alors, avec mon beau panier de bobo sous le bras, je me suis posé là où il y avait de la place, à l'une des deux tables, juste à portée de vue des figues et des dattes de la maison Sala, face à la devanture des « Bonnes Olives ». Le jeune Mathieu qui a ouvert cet étroit magasin mi-corse, mi-rital à l'enseigne du Stretto me sert un café, puis un second. Comme il était dix heures, je me suis commandé une assiette de fines tranches d'un fromage hollandais farci aux truffes d'été que je dégustais sur le pain croustillant de la place des Poilus. Vers onze heures, tandis que je détaillais la double page (très irritante) des « Visages du vin Français » dans le spécial de Paris-Match (j'aime bien m'énerver, ça me donne soif), Michel Bachès, un copain de bistrot pointa le bout de son nez. Puis ce fut au tour d'une copine, suivie d'une autre au point qu'il fallu rajouter des chaises. L'heure était venue de croquer dans la fraîcheur d'une mozzarella di bufala tout juste arrivée de Campanie. Mathieu l'a ouverte en deux coups de couteau puis arrosée d'un filet d'huile d'olive et saupoudrée de poivre concassé. Et si on goûtait un rouge pour une fois ? « Mathieu, trouve-nous un petit rouge léger à boire frais » ! Arrive de Sicile le Nero d'Avola d'Adrianna Occhipinti, version 2012 à 12°5. Pas besoin de sous-titre au point qu'en un quart d'heure, sur le coup de midi, il nous faut un second vin et passer du sud au nord de l'Italie. Sur le porc noir gascon façon pancetta, rien de tel que le Dolcetto d'Alba « Munfrina » 2011 de Giorgio Pelissero. Vive le Piémont. Plus tard rebelote avec un Lambrusco d'Émilie sur la mortadella pistachée et sur le lardo di Colonnata. - Oh, je sais. Vous, les blasés de Paris ou de Bruxelles, allez me dire que ma rue n'a rien d'extraordinaire. Que vous avez la même chose chez vous en plus grand, en plus beau, en mieux, en plus chic, en plus cosmopolite. Aussi, j'espère que vous ne m'en voudrez pas si, lors de votre passage que j'attends, je vous invite à découvrir ma rue bonheur. On ira déjeuner chez Henri. C'est un gars un peu bougon, mais sympa comme tout. Son physique de rugbyman lui permet tout juste de se glisser derrière son bar, le plus minuscule qui soit, où il arrive quand même à préparer ses plats. Une cuisine spontanée, simple. S'il manque des coques pour accompagner les pâtes, il va se servir chez Mireille. Et s'il manque des courgettes, il fait trois ou quatre pas jusque chez Sébastien. D'ailleurs, ce dernier viendra peut-être s'asseoir à notre table qui sait avec des fèves fraîches ou des girolles du Col de Jau. Chez Henri, le vin ce n'est pas son fort vu qu'il n'a pas de place et qu'il ne sert que ceux de Rasiguères, un village du Fenouillèdes où il a des attaches. Pas d'inquiétude, en traversant la Place des Poilus où le midi en été un groupe rock pas mal du tout s'est installé, je filerai chez Georges, le caviste. Il nous dénichera un petit vin de Tresserre qui marche du feu de dieu sur la cuisine d'Henri. Au choix, un rosé bien frais du Domaine des Demoiselles ou un Carignan 2011 du Puch lui aussi à boire frais. Henri ne nous en voudra pas qui fera semblant de nous compter un droit de bouchon. Sacré Henri ! Et puis on lui offrira un verre en pensant que, la prochaine fois, je lui ramènerai une bonne bouteille de ma cave. Tu auras le droit de nous photographier. Même celui de diffuser le cliché sur Facebook. Avec ce message : « Dans la rue du Bonheur, à Perpignan, en compagnie de Michel ». Et je serai fier. Fier de t'avoir fait connaître la rue René Paratilla et ses indigènes qui la peuplent. C'est drôle de songer que ta photo fera peut-être le tour du monde... » - (*) D'une famille Catalane, l'adjudant René Paratilla fut le premier aviateur mort au début de la Seconde guerre mondiale. – Bon appétit (j’ai déjà grand faim) et… large soif !

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Published by toutnestquelitresetratures - dans A boire et à manger
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Michel Smith 19/09/2013 16:02

Je t'y attends... avec plus qu'un verre !

toutnestquelitresetratures 20/09/2013 01:12



Bah Michel, ça me parait une évidence


 



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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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