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Publié par toutnestquelitresetratures

"Tous les vrais gourmets savent honorer comme il convient le saucisson : froid ou chaud, sec ou à l'ail, et vouent un culte particulier au saucisson truffé, orgueil de la cité lyonnaise. Mais pourquoi faut-il que cette vénération soit localisée à la table du gastronome et aux wagons de troisième classe ? A la cuisine, le saucisson est traité avec la plus odieuse cruauté. C'est avec raison que la Société Protectrice des Animaux lance un appel à toutes les cuisinières, professionnelles ou ménagères, pour qu'elles cessent de la piquer avec une fourchette avant la cuisson : cuisson qui, soit dit en passant, doit être déjà douloureuse pour qu'on ne lui inflige pas un martyre supplémentaire. Nous avions déjà protesté contre ces pratiques d'un autre âge, sans parvenir à émouvoir les pouvoirs publics. La loi Grammont, qui protège le cheval, doit protéger aussi bien le saucisson. Aussi rappellerons-nous qu'il suffirait d'obliger les charcutiers à y laisser l'os qui, normalement, doit se trouver au centre et dans toute la longueur sans cesser d'être à moelle, pour que la crainte de détériorer les dents d'une fourchette sur un corps dur arrête net le geste sanguinaire de la cuisinière. Fasse le ciel que notre suggestion soit entendue et que le saucisson, traité enfin avec humanité, cesse d'être l'innoncente victime des pires atrocités. Rappelons, en terminant, qu'il ne faut pas jeter les vieilles peaux de saucisson. Retournées, elles peuvent encore servir. L'envers vaut l'endroit." - C'était dans le numéro 104 du vendredi 3 mai 1940 de L'Os à Moelle dont le rédacteur en chef était Pierre Dac, le "Roi des Loufoques". Un numéro qui, comme d'autres, était annoncé ainsi à ses lecteurs : "En raison des événements, le présent numéro de L'Os à Moelle, n'a pas pu paraître. Nous nous en excusons". Nous devons à Jacques Pessis le choix, la préface et les notices d'une anthologie des textes de L'Os à Moelle du 13 mai 1938 au 7 juin 1040 (Editions Omnibus), date de la disparition prématurée du journal. Bien plus tard, Pierre Dac avouera : "Ce qui m'est arrivé est parfaitement logique. Il est bien connu que l'os à moelle se décompose au contact du vert-de-gris...".

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âge 17/07/2014 09:41

La chenille devient papillon, le cochon devient saucisson, c'est une grande loi de la nature :)
En tout cas un grand Monsieur de Pierre Dac!

toutnestquelitresetratures 28/08/2014 19:40



La citation est attribuée à Cavanna...