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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 07:06

YvonneHallerYvonne n'est plus. Le premier samedi d'avril à Paris, chez sa fille, elle nous a quittés des suites d'une chute dans un escalier. Elle avait 83 ans et, surtout, 47 ans de présence dans la winstub de Strasbourg dont elle était l'âme, "S'Burjerstuewel". A l'ombre de la cathédrale, cette figure légendaire de la gastronomie strasbourgeoise avait racheté la maison en 1956. La rue du Sanglier était devenue un rendez-vous incontournable d'autant d'anonymes, d'habitués que de personnalités des arts, des lettres et de la politique, chefs d'Etat et de Gouvernement y compris (François Mitterrand, Jacques Chirac, Helmut Kohl). Yvonne Zimmer était née le 31 mai 1931 à Siltzheim (Bas-Rhin), d'un père géomètre et d'une mère employée de poste, tous les deux décédés dans les bombardements de Cronenbourg par la Royal Air Force dans la nuit du 16 au 17 décembre 1940. Elle a neuf ans. A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, elle se forme à la restauration à Nancy, puis à l'Ecole hôtelière de Saint-Gall en Suisse. Au début des années 50, elle travaille dans une grande brasserie de Metz, puis prend, en 1954, la gérance d'une winstub fondée en 1873, "S'Burjerstuewel" à Strasbourg dont elle devient propriétaire en 1956 et à laquelle elle donnera son nom en 1985, l'ajoutant à l'enseigne de fondation. En juillet 1969, elle épouse le pilote de course automobile et ancien officier dans l'Armée de l'Air qui se tue lors des 24 heures du Mans en juin 1976. En 2011, elle vend sa maison qui, aujourd'hui, existe toujours et continue d'attirer un public fidèle. Yvonne, c'était pour moi le temps du "Guide Pudlowski de l'Alsace Gourmande" auquel j'ai collaboré. Yvonne, elle recevait chez elle tout un chacun de la même façon, sourire éclatant, gentillesse vissée au coeur, plaçant les uns et les autres ici ou là, à l'étage boisé avec ses coins et recoins, ses tables d'hôtes, ses alcôves, ses salons ornés de gravures, peintures, photos et dessins, ou au rez-de-chaussée là où se trouvait jadis le poêle qu'elle remplissait de briquettes (d'où le nom de la maison : "S'Burjerstuewel" veut dire "le poêle des bourgeois"). Toujours un mot de bienvenue, une conversation qui s'attardait plus avec les grands fidèles, mais avec la première vertu d'une aubergiste, la discrétion. De ses murs ancestraux, la winstub et sa propriétaire ne laissaient jamais filtrer une confidence ou une information. "Chez moi, disait-elle, les gens arrivent avec leurs soucis, les laissent au vestiaire et les oublient en repartant" (in "Dictionnaire amoureux de l'Alsace" de Gilles Pudlowski, éd. Plon, 2010). Avec elle, c'est une grande Mère à la mode alsacienne qui disparaît. Mais son souvenir reste dans une maison où la vie continue. - "S'Burjerstuewel - Chez Yvonne". 10, rue du Sanglier (Strasbourg). Tél. : 03 88 32 84 15. Tous les jours. (Photo DNA). A lire aussi : "Michelin 2013 : quand le guide découvre « s’burjerstuewel – chez yvonne » à strasbourg", article - 18/03/13 - - « S’Burjerstuewel – Chez Yvonne » - 10, rue du Sanglier (Strasbourg, Bas-Rhin). Tél. : 03 88 32 84 15. Tous les…(lien : http://www.toutnestquelitresetratures.com/article-michelin-2013-quand-le-guide-decouvre-s-burjerstuewel-chez-yvonne-a-strasbourg-116294864.html) ; "Strasbourg : à deux pas de la cathédrale, s'burjerstuewel", article - 02/09/12 - Strasbourg : à deux pas de la cathédrale, S'Burjerstuewel - En mai 2001, Yvonne Haller avait laissé sa winstub historique et chic (datée 1873) en de…" (lien : http://www.toutnestquelitresetratures.com/article-strasbourg-a-deux-pas-de-la)

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Published by toutnestquelitresetratures - dans A boire et à manger
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patrick axelroud 20/05/2014 18:13

Strasbourgeois depuis 65 ans je dois reconnaître la place inégalée d'YVONNE dans la haute société de la ville comme personne qui compte.Cependant il me semble qu'elle était plus connue pour sa
célébrité ,comme dit Hegel que pour la qualité de sa table. Personnalité forte avec un sens des relations et comme on dit aujourd'hui, "communicante" hors pair, c'est ce qui a fait son succès après
tout fort mérité.
Le nom de son établissement littéralement la chambre des bourgeois est à l'image de ce que fût sa clientèle locale,nationale et internationale heureux de s'y faire voir ou de pouvoir dire j'y ai
été. Il y a des dineurs d'adresse comme il y a des buveurs d'étiquette.Quand j'étais étudiant il y avait 2 Yvonne : Celle de la rue du Sanglier déjà bien en vue mais qui n'avait pas encore atteint
l'aura qui fut la sienne et celle du Coin des Pucelles rue des Pucelles (derrière l'évêché ) quand on se donnait rendes vous chez Yvonne on précisait ... la vraie et personne ne se trompait.

toutnestquelitresetratures 20/05/2014 21:13



Pour ma part, je ne connaissais pas "Le Coin des Pucelles" du temps de cette jeunesse estudiantine. Il m'a fallu attendre la fin des années 80. C'était alors une winstub un brin campagnarde au
délicieux décor boisé qui eut son heure de gloire. C'était alors dame Oberlé qui recevait de façon très maternelle. Mais ce n'était ouvert qu'au dîner, à partir de 18 heures et jusqu'à 21 heures
seulement. Quant à la cuisine de "S'Burjerstuewel", elle me semble qu'elle a toujours été dans son jus culinaire alsacien, méritante. Comme le disait Jacques Laurent à propos de "Lipp" à Paris,
c'était un peu "le temps arrêté".



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  • : Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly
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  • : Au quotidien, la cuisine selon les saisons, les vins selon l'humeur, la littérature qui va avec, les bistrots et les restaurants, les boutiques qui nourrissent le corps et l'esprit, bref tous les plaisirs de bouche et de l'âme.
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  • Je suis chroniqueur gastronomique et auteur du Guide Le Feuilly. Je suis un des fondateurs du mouvement Slow Food en France dont je fus le Président dans les années 90. Mes livres les plus récents sont "A boire et à manger", "Le Feuilly 2010.
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